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Discours du 24 mars 2026

Sébastien Martin · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°177

Je veux d’abord remercier les rapporteurs pour leurs travaux, qui sont à l’origine du présent débat. Les interventions successives nous montrent qu’il s’agit d’un sujet stratégique majeur, qui intéresse au premier chef la représentation nationale. Il est évident que celle-ci doit être informée ; que ce débat ait lieu et que d’autres puissent suivre est une nécessité à laquelle je ne peux que souscrire.Lorsqu’on parle de matériaux critiques ou de terres rares – des termes qui peuvent sembler techniques –, il est en réalité question d’éléments entrés dans le quotidien de chacun, sans que nous en ayons toujours une définition précise. Ces matériaux, bien qu’invisibles, irriguent notre industrie et structurent notre vie quotidienne.Prenons un exemple concret. Quand nous partons travailler, que nous utilisions une voiture thermique ou électrique, ces matériaux sont présents. Je le dis au passage, il n’a pas fallu attendre le véhicule électrique pour voir apparaître l’électronique ou les métaux critiques dans l’automobile. Nous avons besoin de fer pour la structure, de magnésium pour les pièces, ou encore de platine pour les pots catalytiques des véhicules thermiques. Si l’on élargit le champ, on retrouve ces matériaux partout.Oui, nous sommes intégrés à des chaînes de valeur mondialisées. Ne faisons pas semblant de le découvrir. Cela ne concerne d’ailleurs pas uniquement les matériaux critiques ou les terres rares. À cet égard, celles et ceux parmi vous qui pianotent sur leur téléphone ne trouveront pas beaucoup de composants fabriqués en France ou en Europe à l’intérieur.Les chaînes de valeur sont mondialisées. Cela ne veut pas dire que nous devons nécessairement accepter cet état de fait, mais il nous faut l’avoir à l’esprit et nous souvenir que cette mondialisation n’est pas née avec les technologies de l’environnement, le véhicule électrique, les éoliennes, le numérique ou l’informatique.Ces ressources sont présentes partout sur la planète, mais – et vous avez été nombreux à le rappeler – leur exploitation est concentrée. En 2024, les trois premiers producteurs miniers représentaient à eux seuls 86 % de l’offre mondiale de terres rares, la Chine en assurant 60 %. Concernant le raffinage, c’est-à-dire la transformation des terres rares, la concentration est plus forte encore, puisque plus de 90 % de la production mondiale est réalisée en Chine.Dans le même temps, vous avez été très nombreux à le rappeler, les tensions géopolitiques s’intensifient. On l’a vu avec le Groenland, avec les accords entre grandes puissances parfois passés au-dessus de nos têtes et avec les politiques d’exportation restrictives. Tout cela a des conséquences très concrètes. À l’automne 2025, nous avons été proches de restrictions d’exportation qui auraient pu mettre à l’arrêt une partie de notre industrie, en particulier automobile – je ne reviendrai pas sur la crise des semi-conducteurs, avec Nexperia notamment.Cela signifie qu’un déséquilibre d’approvisionnement peut se traduire en quelques semaines par des chaînes de production qui s’interrompent, par des salariés à l’arrêt et par des territoires fragilisés. Ces matériaux ne sont pas des marchandises comme les autres, ce sont des leviers de puissance. La question qui nous est posée est donc très simple : voulons-nous avoir la maîtrise de nos approvisionnements et jouer le rôle d’une puissance industrielle ?Encore faut-il savoir de quoi l’on parle. L’expression « matières critiques » recouvre en réalité deux catégories très différentes. D’une part, il y a les métaux stratégiques, comme le lithium, le nickel ou le cobalt, qui sont indispensables à notre industrie, notamment pour l’électrification. Ces métaux représentent des volumes d’importation importants, mais ils sont relativement bien répartis sur la planète et, surtout, ils sont recyclables. Autrement dit, ce sont des dépendances que l’on peut réduire dans le temps – vous avez été nombreux à insister sur l’importance des filières de recyclage.D’autre part, il y a les terres rares – qui, je veux le redire ici, ne sont pas rares au sens où il y en aurait peu : on en trouve partout sur la planète. Lors de leur découverte au XVIIIe siècle, les terres rares étaient moins abondantes que d’autres terres connues à l’époque, ce qui a amené à les qualifier ainsi. Aujourd’hui, ce sont leurs conditions d’extraction et de raffinage qui justifient l’appellation de « terres rares ». Leur concentration est faible, les volumes nécessaires également : de l’ordre de 1 000 tonnes par an, tout au plus, pour toute la consommation française. Leur raffinage est très largement maîtrisé – malheureusement par un seul acteur : la Chine.Cela change profondément la nature du risque, parce que cela signifie que nous ne parlons pas de ressources inaccessibles ou hors de portée. Les volumes en jeu restent limités, en tout cas pour le moment, et les marges de manœuvre existent à condition de s’organiser. Sur ce point, je veux le dire : la France n’est pas en retard. Elle est un des rares pays européens à avoir pris les choses en main – rappelons, puisque Agnès Pannier-Runacher en a parlé, la stratégie que cette dernière a lancée lorsqu’elle était au gouvernement, à la suite de la remise du rapport Varin. Dans le reste du continent, l’Allemagne et les pays nordiques exceptés, la prise de conscience, le fait de définir une stratégie et de s’organiser pour l’appliquer, restent limités.Nous avons pour notre part construit une stratégie et des outils industriels. La stratégie de réduction de notre dépendance en matières premières critiques, ainsi que la création d’une délégation interministérielle aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques, la Diamms, datent de 2022 – le délégué interministériel aux approvisionnements en métaux et minerais stratégiques est d’ailleurs présent dans ce débat. Lors de la présidence française du G7, nous avons inscrit les métaux critiques parmi les priorités du groupe, parce que la dépendance, quand elle est trop concentrée, est un risque immédiat pour nos industries. Nous avons posé des bases claires : diversifier les sources d’approvisionnement, construire un marché non pénalisé par la concurrence déloyale, faire émerger de nouveaux projets en dehors des chaînes existantes et exiger des standards environnementaux et sociaux élevés, avec une traçabilité réelle.Nous avons décliné cette stratégie par une politique nationale des ressources et des usages du sous-sol. Elle nous permet de savoir ce que nous avons, de décider ce que nous produisons, de sécuriser ce que nous ne maîtrisons pas et de transformer sur notre sol. C’est dans cette logique que s’inscrit notre action.La priorité est de connaître nos ressources. Tel est le sens de l’inventaire qui a été confié en 2023 au Bureau de recherches géologiques et minières en vue de cartographier les ressources de notre sous-sol.Le deuxième enjeu est de produire. La situation est simple : nous n’avons plus qu’une seule mine en activité, la mine de sel de Varangéville. Pour sortir de nos dépendances, nous faisons donc le choix de relancer certaines productions. Le projet Emili dans l’Allier, dont plusieurs d’entre vous ont parlé, doit permettre à terme d’alimenter une partie de la filière française des batteries. Pour s’en assurer, l’État a pris la décision d’entrer au capital du projet à hauteur de 50 millions d’euros. Produire sur notre sol ne réglera pas tous nos problèmes, mais nous permettra de réduire nos dépendances.C’est pour cette raison aussi que nous voulons diversifier nos sources d’approvisionnement – pour être moins dépendants des décisions prises par un seul acteur. Nous avons engagé une diplomatie des métaux très active et tissé des partenariats stratégiques avec une quinzaine de pays. J’ai d’ailleurs signé aujourd’hui avec mon homologue norvégienne un accord de partenariat afin que nos services coopèrent sur ces questions. Nous développons également des coopérations avec le Groenland, l’Indonésie, l’Argentine et le Kazakhstan. Je tiens à préciser que ces partenariats ne sont pas théoriques : en Indonésie, l’entreprise française Eramet exploite l’une des plus grandes mines de nickel au monde, avec une production de l’ordre de 30 millions de tonnes par an. L’objectif est simple : diversifier nos sources, sécuriser les flux et réduire nos dépendances.Ensuite, parce que l’enjeu est non seulement d’extraire, mais aussi de transformer, nous devons conforter ou bâtir de nouveaux outils industriels. Extraire des métaux sans les raffiner, sans les transformer, sans produire les batteries ou les aimants permanents, n’a aucun intérêt pour nos filières industrielles. C’est pourquoi nous soutenons des projets concrets, comme celui de Carester, qui vise à produire 10 % de la demande mondiale en terres rares raffinées d’ici à 2030. Nous accompagnons aussi le projet entre Orano et XTC New Energy à Dunkerque, qui produira des matériaux de cathode, composants essentiels aux cellules de nos batteries. À terme, cette usine pourrait couvrir jusqu’à 30 % de nos besoins. Enfin, je me rendrai jeudi sur le site de MagREEsource, qui développe une production d’aimants permanents en France. Leur ligne pilote en produit déjà 50 tonnes, avec un objectif de 1 000 tonnes à l’horizon 2030.Comme nous n’avons pas la ressource sur notre propre sol, nous devons également renforcer le recyclage. Nous obtenons déjà des résultats probants dans ce domaine, grâce au démarrage de deux usines de recyclage des métaux critiques de batteries en 2025, sous l’impulsion du fleuron français Veolia, en Moselle, et de la start-up française Battri. Derrière tout cela, il y a une logique : maîtriser la chaîne de valeur, réduire notre vulnérabilité et créer de l’activité dans nos territoires.Enfin, dans le domaine des matériaux critiques, aucun pays ne peut agir seul. Face aux tensions géopolitiques, nous devons plus que jamais penser en Européens. Le règlement sur les matières premières critiques, fortement soutenu par la France, fixe des objectifs clairs : 10 % d’extraction, 25 % de recyclage et 40 % de raffinage en Europe. Ces objectifs doivent se traduire concrètement. C’est pourquoi nous soutenons activement – certains d’entre vous l’ont indiqué – la mise en place d’une plateforme européenne d’approvisionnement, qui permettra des achats groupés, la constitution de stocks stratégiques et le financement de projets industriels. C’est à cette condition que l’Europe pourra peser dans les rapports de force.Mesdames et messieurs les députés, vous le voyez, nous ne voulons pas subir, nous voulons maîtriser. Nous voulons une France et une Europe qui produisent, qui transforment, qui recyclent et qui sécurisent les ressources dont elles dépendent. L’objectif de la politique nationale des ressources et des usages du sous-sol est de donner une nouvelle dimension aux choix que nous avons déjà amorcés, parce que derrière ces matériaux, il y a notre industrie et, derrière notre industrie, il y a notre souveraineté, nos territoires et nos emplois.

Il est nécessaire de multiplier nos sources d’approvisionnement. La diplomatie minière en direction de l’Australie, notamment le travail sur la conclusion d’accords de libre-échange avec ce pays, va dans ce sens. Un accord avec l’Australie a d’ailleurs été signé en 2023 par Mme Pannier-Runacher.Concernant la part de contenu local que l’Union européenne peut exiger dans ses productions, c’est tout le sens du combat que nous menons sur la question de la préférence européenne. Dans le cadre du texte pour l’accélération de l’activité industrielle qui a été présenté par M. Séjourné, la France a défendu, notamment en matière automobile, le fait d’imposer une part de plus en plus importante de contenu local. Plus cette part sera élevée – je pense notamment à la filière des batteries –, plus nous apporterons un soutien et enverrons un signal de marché fort aux acteurs locaux et aux filières européennes et nationales de production et de raffinage de terres rares.

Nous avons déjà eu ce débat il n’y a pas très longtemps. On ne peut pas, d’un côté, vouloir l’autonomie pour éviter de dépendre de mines au Congo où l’exploitation se fait dans des conditions déplorables et, de l’autre, ne pas vouloir explorer les possibilités d’exploitation minière en France et dénoncer comme une catastrophe tout projet dans sa circonscription – je vous le dis avec tout le respect que je vous dois, et à partir de mon expérience d’élu local.Ces projets suscitent des inquiétudes et des questionnements tout à fait légitimes, mais j’ai le sentiment que, dans notre pays, les procédures administratives liées à la protection de l’environnement ne permettent pas de faire tout et n’importe quoi. Ces contraintes se sont d’ailleurs renforcées au fil du temps, si bien qu’aujourd’hui on dit que l’implantation d’une entreprise exige des procédures beaucoup trop longues.Je veux bien qu’on dénonce les risques de dégradation de l’environnement dès qu’un acteur économique a obtenu un permis pour explorer des possibilités minières, mais je vous invite à examiner sereinement le cadre réglementaire qui déterminera si les choses pourront se faire et, le cas échéant, dans quelles conditions.

Je vais répondre rapidement, comme Mme la présidente m’a enjoint de le faire.À la différence du secteur militaire, soumis au secret défense, il n’existe aucune obligation en matière de stocks stratégiques pour le secteur civil. Néanmoins, nous avons engagé une stratégie dite de désensibilisation de nos principales filières industrielles. Avec Nicolas Forissier, nous avons réuni à la fin de l’année dernière les principales filières pour essayer de travailler avec elles, notamment sur la possibilité de recourir aux acteurs industriels présents en France, qui ont besoin de commandes.À l’échelon européen, le CRMA prévoit la coordination des stocks stratégiques. En outre, la Commission européenne a annoncé la création d’un centre européen des matières premières critiques, dont la mission sera de mettre en place une infrastructure de coordination des États membres.

Pour mener à bien notre stratégie d’électrification, nous avons besoin de matériaux comme le cuivre. Nous soutenons à ce titre des projets comme celui de Nexans dans les Hauts-de-France sur le recyclage du cuivre.Concernant les terres rares, qui sont nécessaires à la production de tout ce qui tourne, comme les moteurs, alors que les métaux critiques sont nécessaires à la production de batteries, il est aujourd’hui possible – Patrick Hetzel l’a rappelé – d’en limiter l’usage grâce à des techniques de production d’aimants permanents moins lourds.Nous devons donc veiller à accompagner les principales filières dans nos efforts de « désensibilisation », notamment dans le domaine énergétique, et à développer des outils industriels pour la production de cuivre et d’autres métaux.

Je ne vais pas reprendre les orientations de la politique nationale des ressources et usages du sous-sol, car j’en ai déjà parlé à plusieurs reprises. Je rappellerai simplement qu’environ 2 milliards d’euros ont été attribués, notamment grâce à France 2030, à des projets de recyclage et d’exploration ainsi qu’à des projets de soutien à la filière des matériaux et d’outils de production d’énergie renouvelable. Ces actions se poursuivent encore aujourd’hui.L’encadrement réglementaire de l’extraction minière doit protéger l’environnement. Il faut être très clair : il n’est pas question de faire n’importe quoi dans ce domaine. Toutefois, ce cadre ne doit pas trop allonger les procédures. Je pense que nous pouvons garantir l’efficacité de la protection de l’environnement et assurer que le débat public soit parfaitement éclairé tout en évitant un délai de seize ans – cela a été souligné par les rapporteurs dans leur note. Avec un tel délai, la réalité du moment où le projet débute et celle du moment où il se concrétise n’est plus la même. Nous devons donc chercher le bon équilibre.Les seules mines possibles ne sont pas nécessairement sales. L’exemple de la mine de tungstène de Mittersill, en Autriche, montre qu’il est possible d’exploiter des mines en Europe selon nos règles plutôt que de continuer à recourir à des mines situées dans des pays dont les règles sont différentes des nôtres.

J’ai fait le point la semaine dernière avec toutes les filières industrielles sur la situation actuelle. Celle de l’aluminium est sans doute plus exposée que d’autres, non en raison de problèmes d’approvisionnement – nous importons en effet assez peu depuis les pays du Golfe – mais parce que le cours de la bauxite est, comme celui du pétrole, fixé au niveau mondial. La reprise d’Aluminium Dunkerque, qui est un gros producteur d’aluminium, pourra apporter des réponses aux problèmes dont vous parlez.Quant aux procédures d’ouverture de mines en général, j’ai déjà répondu à cette question : je n’y reviendrai pas.

Nous partageons le même objectif. Il nous faut sans doute passer d’une logique de stock à une logique de flux, c’est-à-dire une organisation plus efficace de nos approvisionnements. Nous y travaillons avec le ministère des armées. La révision de la LPM, prévue avant l’été prochain, pourrait être le bon véhicule pour avancer en ce sens – étant entendu qu’il convient d’articuler, comme je l’indiquais, les dimensions nationale et européenne de notre politique de défense.

Il n’existe à ce jour aucun projet d’extraction de monazite autorisé en France. Je le répète : dans notre pays, il y a des règles, et aucun projet ne sera autorisé s’il ne les respecte pas, si des seuils sont dépassés ou si des niveaux d’exposition à un risque particulier sont identifiés.S’agissant de la radioactivité, vous savez comme moi qu’il faut distinguer les niveaux : la radioactivité existe à l’état naturel et ne se limite pas à la présence d’uranium enrichi. En tout cas, c’est le cadre réglementaire qui, toujours et en tout lieu, s’appliquera.Il est normal et légitime que nos concitoyens se posent des questions, et que les élus soient le relais de leurs inquiétudes. Les services de l’État, en Bretagne et dans votre circonscription en particulier, sont bien évidemment à votre disposition comme à la disposition des citoyens pour répondre à toutes les questions qui ils peuvent se poser.

Combien compte-t-on de mines en activité en France ? Une seule : une mine de sel. On est loin d’un extractivisme destructeur en cours dans notre pays !

Pouvons-nous vouloir renforcer notre souveraineté en développant des projets en France et en Europe, dans le respect de nos cadres réglementaires et législatifs, et souhaiter en même temps que rien ne change ? Je ne le crois pas.

S’agissant du raffinage du lithium, le projet Emili – s’il va à son terme – sera réalisé en France.D’autre part, l’enjeu des technologies vertes, par rapport aux technologies fondées sur les énergies fossiles, réside notamment dans le recyclage. Le pétrole, une fois extrait et consommé dans un moteur, n’est pas recyclable. À l’inverse, les technologies vertes reposent certes sur une extraction minière, mais elles sont utilisées dans des moteurs ou des batteries électriques, engendrant ainsi un cercle vertueux et intelligent de réutilisation des ressources.Nous ne sommes donc pas dans une fuite en avant qui consisterait à ouvrir des mines à tout va.

D’ailleurs, compte tenu de la complexité de tels projets, ce serait difficilement envisageable. Soyons raisonnables : il s’agit non pas d’extractivisme, mais de l’application d’une stratégie de souveraineté, qui passe par la relocalisation en Europe d’outils industriels indispensables à la filière.

En matière de recyclage des matières premières, le plan France 2030 prévoit une enveloppe de 700 millions d’euros sur la période 2021-2027. Dans ce même cadre, 400 millions d’euros ont d’ores et déjà été engagés pour soutenir des investissements liés à des projets stratégiques.En outre, les services de l’État proposent leur accompagnement pour contribuer à faire sortir de terre des projets – ainsi, dans les Hauts-de-France, les gigafactories d’ACC – Automotive Cells Company –, où je me trouvais ce matin, et de Verkor, dans cette vallée de la batterie qui fait plaisir à voir.

Nous travaillons évidemment avec la Plateforme automobile (PFA) sur le passeport numérique des batteries en vue de mobiliser l’ensemble de la filière. Je ne crois pas qu’il y ait de difficulté particulière, mais, si vous avez des éléments d’information supplémentaires, monsieur le député, je suis preneur.Une filière se développe autour de la décarbonation des poids lourds, sur laquelle travaillent Renault Trucks, Daimler Buses et Iveco. La traçabilité, qui fait l’objet d’un travail important au sein du G7, est utile au recyclage. Le recyclage, dont nous avons beaucoup parlé, peine à définir un modèle, notamment parce que les volumes à recycler ne sont pas encore suffisamment importants. Quand plus de véhicules arriveront sur le marché du recyclage, il sera possible d’élaborer un modèle économique plus intéressant.

Madame la députée, vous avez apporté la réponse en formulant votre question : diversification, diplomatie, sobriété, choix technologiques, recyclage.Cependant, je soulignerai que nous avons d’ores et déjà des résultats concrets : s’il ne s’agit pas de mines, à l’exception d’une mine de lithium à venir dans l’Allier, de vrais projets sortent déjà de terre. Pour ce qui est de la séparation des terres rares, les projets français de Solvay et Carester pourraient couvrir à eux deux plus de 50 % des besoins en terres rares de l’industrie européenne à l’horizon 2030. S’agissant de la métallisation des terres rares, LCM – Less Common Metals – a annoncé lors de Choose France son intention d’investir en France, à Lacq, où s’installe aussi Carester. Pour la phase de production des aimants permanents, dont je rappelle qu’ils sont essentiels pour entretenir un mouvement de révolution moteur, le projet MagREEsource pourra produire 1 000 tonnes en 2030 – je me rendrai jeudi sur le site en Isère. La ligne pilote produit déjà 50 tonnes. Nous avons pris les choses en main à partir de 2020 et d’ores et déjà des réponses concrètes se matérialisent dans les territoires autour des filières de transformation des terres rares.

Effectivement, je connais bien le dossier KME Tréfimétaux puisque je vous ai reçu à deux reprises à ce sujet avec les représentants du personnel. Dans le cadre de la stratégie du gouvernement, nous soutenons la relocation de projets autour du recyclage du cuivre. Vous savez que j’ai été particulièrement insistant auprès de l’entreprise pour qu’elle accompagne les projets de reprise du site.Je propose que nous profitions de la présence auprès de moi du délégué interministériel, qui suit ces dossiers, pour que, à l’issue de la réunion, vous ayez un échange pour parler des projets de reprise du site que nous pourrions accompagner.

Je suis disponible.

Monsieur le rapporteur Fournier, vous avez raison : parfois, il faut accepter de perdre un peu de temps pour en gagner. C’est ce que m’a appris mon parcours. Quand on prend le temps d’expliciter les choses, de débattre et d’échanger, cela aide à dépasser les oppositions, pour peu qu’elles soient de bonne foi – je précise cela parce qu’il arrive que certains projets rencontrent des oppositions systématiques. Le projet Emili d’Imerys, par exemple, a fait l’objet d’un débat public qui a duré un an. Néanmoins, il arrive aussi que le débat public ne soit pas bien perçu par les citoyens. Nous aurions besoin dans notre pays d’une meilleure expertise en matière de concertation publique. Il est bon d’organiser celle-ci dans le cadre de la CNDP, comme cela a été fait en l’espèce, parce que cela garantit une grande objectivité et un niveau de confiance très élevé.Vous avez évoqué la mobilisation des outils publics. Je suis d’accord avec vous sur le fait que ce n’est pas au BRGM de gérer l’exploitation des mines. Toutefois, je pense que des entreprises comme Eramet, dont l’État est actionnaire, pourraient le faire. J’aimerais d’ailleurs que nous ayons un peu plus le choix – les entreprises françaises ou européennes ne font pas florès en la matière !Enfin, comme vous, j’estime que la sobriété des usages est nécessaire pour réduire notre dépendance aux matériaux critiques et stratégiques.Monsieur le rapporteur Benbrahim, je vous rejoins en tout point quand vous dites que la transition énergétique est absolument indispensable. Si, au regard de tout ce qui se passe en ce moment, nous ne sommes pas encore plus convaincus de la nécessité de sortir de notre dépendance aux hydrocarbures et de lancer une stratégie d’électrification massive de notre pays, je pense que nous avons un petit problème de perception ! Je rappelle en outre que l’électrification permettra aux ménages de faire des économies, la recharge d’une voiture électrique coûtant trois fois moins cher qu’un plein de voiture thermique.Vous avez parlé de notre souveraineté économique et industrielle. Il n’y a pas très longtemps que je suis ministre délégué chargé de l’industrie et que je participe à des débats sur le sujet au niveau européen. Je sais cependant que notre pays promeut depuis longtemps le concept de souveraineté, notamment économique ; mais celui-ci n’est pas unanimement soutenu par nos partenaires. Or il n’y a pas d’autre solution que d’agir à l’échelle européenne. Il existe une mobilisation des États – vous avez été très nombreux à le souligner. Cependant, face aux États-Unis et à la Chine, on peut avoir tout le volontarisme du monde, si l’on est tout seul, ce ne sera pas suffisant.Il faut donc nous employer à convaincre nos partenaires européens – parmi lesquels certains sont très tournés vers le grand large atlantiste, tandis que d’autres considèrent que la simple application des règles du libre-échange réglera tous les problèmes. On le voit bien dans les débats actuels sur la préférence européenne et la définition du made in Europe : certains pays considèrent que ce label peut être étendu aux pays avec lesquels nous sommes liés par des accords de libre-échange. Ils sont pourtant européens comme nous ! Cette attitude est parfois très frustrante, mais nous savons bien que c’est à l’échelle européenne que nous pourrons assurer notre souveraineté industrielle et économique.Madame la rapporteure Brulebois, j’ai toujours considéré que la meilleure des simplifications était une très bonne organisation territoriale. Lorsqu’on arrive à mobiliser les acteurs – par exemple, sous l’égide du préfet, autour d’un projet d’intérêt national majeur (PINM) –, cela permet d’avancer. L’État doit comprendre qu’il ne peut pas tout faire tout seul et qu’il doit aussi savoir s’appuyer sur les collectivités locales, lesquelles doivent le considérer comme un partenaire. Les procédures sont alors moins longues que ce qu’elles devraient être, parce que les gens se parlent et se mettent autour de la table pour s’organiser.J’ajoute qu’il y a toujours une part de financements privés dans les projets. L’État peut contribuer avec des avances et des fonds de France 2030 ou de BPIFrance, mais il y a toujours des capitaux privés dans les projets, quels qu’ils soient.Enfin, s’agissant de l’articulation entre l’industrie civile et l’industrie de défense, j’ai eu l’occasion de dire tout à l’heure qu’il fallait passer d’une logique de stock à une logique de flux.J’espère avoir répondu à toutes vos questions. Un débat au Parlement sur ce sujet est prévu tous les cinq ans, mais je pense qu’il serait bon de faire un point tous les ans. Si vous le souhaitez, je me tiens à votre disposition.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).