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Discours du 3 juin 2026

Sébastien Martin · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°261

Il est intéressant de remarquer que les députés du Rassemblement national soutiennent les énergies renouvelables quand les usines sont implantées dans leur circonscription, mais qu’ils cessent de le faire quand elles sont situées ailleurs. Voilà le premier paradoxe qui résulte de la question de M. Tonussi. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.)

D’autre part, il est tellement intéressant, voire amusant, de constater votre incapacité à vous réjouir que ce pays soit, pour la septième année consécutive, celui qui, en Europe, attire le plus d’investissements étrangers. Je sais que cela vous fait mal au cœur, parce que vous êtes des architectes du malheur. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR. – Vives exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.) Vous vous plaisez, en effet, à compter tous les sites qui ferment, mais lorsque je me rends à l’ouverture d’une usine dans l’une de vos circonscriptions, vous n’y êtes jamais ! Le CV de M. Bardella gagnerait d’ailleurs à ce qu’il vienne un jour en visiter une : il ne l’a pas fait une seule fois.Vous parlez d’industrie ? Vous n’avez rien réindustrialisé ! (Les exclamations vont crescendo sur les bancs du groupe RN.)

Reprenons les chiffres… (Les exclamations sur les bancs du groupe RN couvrent la voix de l’orateur.)

Voilà la démocratie version Rassemblement national : je suis obligé de hurler. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR. – M. Iñaki Echaniz applaudit également. – Nouvelles exclamations sur les bancs du groupe RN.)

Pour continuer à répondre sur les chiffres : entre 2005 et 2015, 1 million d’emplois industriels avaient été détruits dans le pays.

Entre 2018 et 2024, nous en avons recréé 180 000 dans ce pays, partout sur le territoire, en particulier dans les territoires intermédiaires forts de leur culture industrielle.

Essayez d’être aux côtés des ouvriers, du côté de la fierté industrielle, comme Roland Lescure et moi-même l’étions hier, à Sausheim-Mulhouse, un territoire à l’histoire industrielle forte, où Stellantis annonçait 1 milliard d’euros d’investissements pour la France. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.)

Vous abordez la situation de l’entreprise Michelin – je me trouvais d’ailleurs dans le Puy-de-Dôme ce week-end, à l’occasion des opérations portes ouvertes menées dans le cadre de Choose France. Il est évident que lorsque Michelin fait des annonces comme celle que vous évoquez, elle suscite quelque réaction, parce que nous sommes toutes et tous attachés à cette grande entreprise française, dont nous devons être fiers même si elle traverse un moment difficile. Le plan annoncé prévoit en effet la suppression de 1 500 postes, étalée sur trois ans, sous forme de départs volontaires dont les modalités font l’objet d’une négociation entre les organisations syndicales et l’entreprise.Ce matin encore, je discutais avec un porteur de projet qui reprendra sans doute l’un des sites de Michelin qui ont fermé il y a un peu plus d’un an et demi : celui de Cholet. Si une telle reprise est possible, c’est notamment parce que Michelin s’investit dès lors que des difficultés se présentent. Vous avez également évoqué les pistes d’essai de pneumatiques situées, avant leur fermeture, dans le centre-ville de Clermont-Ferrand. Là aussi, des investissements sont réalisés : pas plus tard que le mois dernier, un grand espace de coworking a été inauguré sur cet ancien site.

J’en viens enfin à la concurrence internationale, ce qui me permettra de compléter ma réponse précédente.

C’est à l’échelon européen qu’il faut appliquer les mesures de protection nécessaires, et c’est la France qui, à ce niveau, défend des dispositifs de protection et de préférence européenne, y compris dans le secteur automobile. Ces dispositifs nous permettront de lutter contre le dumping auquel se livrent les fabricants de pneumatiques asiatiques, qui importent en Europe des marchandises produites et vendues à des prix inférieurs à ceux des matières premières, et mettent Michelin en difficulté. (M. Michel Lauzzana applaudit. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Merci de votre question qui me permet de revenir sur l’annonce faite par l’entreprise Michelin il y a quelques jours, suscitant un choc dans le Puy-de-Dôme et la région de Clermont-Ferrand. Il est évident qu’avec le ministre du travail et toute l’équipe gouvernementale, nous serons très attentifs à ce que les mesures annoncées, notamment le plan de départ volontaire sur trois ans, soient bien appliquées. Je rappelle les investissements réalisés récemment sur le site de Cataroux, qu’il s’agisse du Pôle d’innovation collaboratif ou du Centre des matériaux durables, ouvert en 2024.Vous soulevez légitimement la question du coût du travail dans notre pays et de la compétitivité de nos entreprises. Je veux rappeler que parmi les éléments qui fondent l’attractivité de notre pays auprès des chefs d’entreprise – et ceux qui étaient présents à Choose France le rappellent allègrement –, la qualité de la main-d’œuvre française compte énormément. Ne nous dévalorisons pas.Notre coût du travail est sans doute supérieur à celui d’autres pays, mais il reste inférieur à celui de notre grand voisin industriel qu’est l’Allemagne. Cela démontre qu’un coût du travail important n’empêche pas d’être performant en matière industrielle.Un autre élément important est la qualité de notre recherche et développement. La qualité de notre recherche est un élément important de la compétitivité du site France, et c’est pourquoi il était indispensable que le crédit d’impôt recherche soit maintenu dans le cadre des débats budgétaires et des arbitrages rendu par le premier ministre.Quant à notre système de protection sociale, il a sans doute effectivement beaucoup pesé sur la compétitivité de nos entreprises. C’est la raison pour laquelle nous avons réduit de 20 milliards d’euros par an l’impôt sur les sociétés et les impôts de production au cours des deux quinquennats – la baisse engagée sous le précédent quinquennat a été confirmée sous celui-ci – afin de renforcer la compétitivité de nos entreprises.Enfin, nous agissons au niveau européen. Il faut qu’enfin l’argent public des Européens aille aux projets européens. C’est pourquoi nous défendons la préférence européenne et le contenu local dans le cadre des discussions sur l’Industrial Accelerator Act. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – M. Yannick Neuder applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).