Discours du 8 juillet 2026
Sophia Chikirou · Première session extraordinaire 2026 · séance n°7
Bravo ! Répondez, monsieur Nuñez, ça m’intéresse !
Marine Le Pen a été condamnée à moins que ça !
Il vise non pas à encadrer la liberté de se réunir et de faire la fête, y compris lors d’un mariage ou d’un anniversaire, mais à encadrer le contrôle que vous voulez imposer à la fête. Car il ne reste plus beaucoup de libertés dans notre pays : elles sont considérablement réduites et de plus en plus placées sous contrôle. Quant aux interdictions que prévoit ce projet de loi, nous savons qu’elles seront à géométrie variable. Il y aura toujours ceux pour qui les autorisations seront accordées sans même regarder l’objet de la fête, et les autres.Nous proposons donc de demander au préfet d’apporter la démonstration qu’il y a un trouble à l’ordre public, précisément défini, plutôt que de laisser place à l’arbitraire de ce même préfet ou d’un maire. Dans la période sombre et inquiétante que nous traversons, les interdictions de réunion sont régulièrement annulées par des décisions de justice.
Monsieur le préfet – pardon, monsieur le ministre –, cela vous arrive quasiment chaque semaine : dès que La France insoumise veut organiser une manifestation, vous cherchez à l’interdire. Dieu merci – pardonnez-moi l’expression –, la justice est encore du bon côté et tranche en notre faveur ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Si Sophia Chikirou veut fêter son anniversaire ou son mariage, elle sera obligée de le déclarer à M. Nuñez…
…et de lui demander l’autorisation de réunir ses 500 ou 600 amis, voire bien plus, car toute La France insoumise sera invitée à son anniversaire ! On sera plus de 30 000 ! C’est nous que vous visez, et les gens comme nous ! Ceux qui ont la bonne couleur de peau et la bonne image seront dans les petits papiers du maire, et puis, il y aura les autres. Avec ce sous-amendement, nous disons non à cela. Nous voulons contrôler l’interdiction et limiter la possibilité d’interdire ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Notez bien les questions, monsieur Nuñez, car il vous faudra ensuite répondre !
Tout d’abord, je tiens à dire que je n’ai invité personne à mon anniversaire l’année prochaine.
En effet, j’ai vu sur les réseaux sociaux qu’une invitation était lancée. Non, je ne fêterai pas mon anniversaire l’année prochaine.
J’en viens au sous-amendement : il est inspiré par plusieurs collectifs qui nous alertent sur les risques que vous faites courir en n’excluant pas du champ de la responsabilité pénale les associations et les acteurs bénévoles de la prévention. C’est extrêmement dangereux, et c’est tout le contraire de l’intérêt général que vous prétendez défendre par ce projet de loi.Monsieur le ministre, je vous pose une question à laquelle, j’espère, vous répondrez quand votre tour viendra de prendre la parole : pourquoi engorger les tribunaux et mobiliser encore davantage de policiers, puisque, vous le savez aussi bien que nous, les gens continueront de faire la fête ? Ce n’est pas la peine d’essayer d’interdire la fête, ni la liberté d’organiser des fêtes. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) C’est le principe même de la fête : elle est en elle-même subversive ; c’est le moment que les êtres humains ont inventé pour se dégager un peu de toutes les contraintes sociales, de tous les problèmes, de tous les soucis, de toute la charge mentale que l’on peut avoir.
C’est au moment de la fête qu’on se lâche un petit peu. Plus que jamais, dans le monde d’aujourd’hui, on a besoin de ces moments-là. Les gens continueront d’organiser des fêtes.L’année dernière, je le rappelle, vous n’avez recensé que 337 rassemblements musicaux qui vous ont posé problème. Nous sommes donc en train de légiférer pour 377 cas seulement. Certains disent qu’il y en aurait des milliers qui réunissent moins de 500 personnes, voire de moins de 300 personnes. Ayons un peu de bon sens : il ne sert absolument à rien d’interdire ce qui aura lieu de toute façon, si ce n’est à provoquer des problèmes aussi bien au niveau de la justice qu’au niveau des forces de l’ordre, comme vous les appelez. Vous allez mobiliser des agents de police pour rien. Vous allez mettre en place une machine infernale, administrative et coûteuse, pour rien. Ce n’est pas la solution.Les solutions se trouvent dans l’accompagnement, dans l’encadrement et dans la prévention, pas dans l’interdiction. Surtout, je souligne encore une fois que ce texte est liberticide : exiger une déclaration préalable, voire une autorisation préalable, revient à exercer le contrôle sur la fête.
En définitive, vous êtes en train de construire une société ou un État policier… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’oratrice. – Les députés du groupe LFI-NFP applaudissent cette dernière.)
Et dans vos soirées ?
Eh oui ! C’est ça aussi, la nouvelle France !
Cela n’existe pas, des fêtes légales !
Bravo !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).