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Discours du 4 mai 2026

Sophie Errante · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°218

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Permettez-moi, pour commencer, de me joindre aux hommages rendus à nos soldats. Je réitère tout mon soutien à celles et ceux, civils et militaires, qui nous protègent chaque jour.Le fond de ce projet de loi d’actualisation tient dans le passage d’une posture subie à une politique assumée en matière d’investissement de défense. Nous sommes entrés dans un monde où, sans être formellement en guerre, nous subissons déjà des formes de conflictualité extérieure. La guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient, les menaces hybrides, les pressions économiques et énergétiques nous ont appris une chose essentielle : une démocratie peut être prise pour cible sans guerre déclarée. Nous sommes déjà dans cette confrontation.Dans ce contexte d’instabilité géopolitique et d’incertitude sur nos alliances, cette actualisation de la LPM est légitime. Elle doit cependant rester guidée par une double exigence : la proportionnalité et l’acceptabilité de l’effort demandé à nos concitoyens.Nous devons ainsi être d’abord en mesure de convaincre que l’objectif n’est pas de paraître fort, mais de garantir une capacité crédible de réponse ; que l’objectif d’augmenter les budgets de la défense, parfois caricaturé comme une posture de puissance, répond en réalité à une nécessité stratégique.Nous devons ensuite justifier chaque euro investi par son efficacité opérationnelle réelle. La mise en place d’un cadre d’urgence – tel que l’état d’alerte de sécurité nationale – constitue une étape importante. Encore faut-il se donner les moyens de le rendre pleinement applicable, ce qui suppose notamment d’accélérer les mesures d’habilitation défense, aujourd’hui trop longues, comme nos industriels nous le disent régulièrement – vous m’avez déjà répondu sur ce point en commission, monsieur le rapporteur Thiériot, mais j’insiste. Cela suppose également de mieux maîtriser nos dépendances en matières premières critiques, sujet crucial en cette période ; de structurer un véritable renseignement économique à l’échelle nationale et européenne, afin d’éviter toute forme de chantage ou de manipulation, en particulier sur les approvisionnements énergétiques ; de développer, enfin, de véritables solutions souveraines dans les secteurs sensibles. Sans cela, l’effort budgétaire risque de rester partiellement théorique, et donc de perdre en crédibilité comme en acceptabilité.Cette actualisation traduit également un changement doctrinal profond. Pendant des années, notre modèle d’armée était principalement tourné vers les opérations extérieures. Si aujourd’hui encore, pour garantir la paix, il faut être en capacité de faire la guerre, une nouvelle dimension majeure apparaît : la protection directe du territoire national devient un élément central de notre doctrine militaire. C’est un tournant stratégique. La création d’une troisième division en est l’illustration la plus claire, qui traduit une capacité accrue d’intervention dans le territoire national, en s’appuyant notamment sur les réserves et sur le nouveau service national. Ce n’est pas un simple ajustement : c’est une transformation de notre conception même de la défense.Dès lors qu’il s’agit de la protection du territoire, la distinction entre la défense extérieure et la sécurité intérieure perd de sa netteté. Nous ne pouvons pas débattre de la LPM sans l’articuler avec la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur (Lopmi). La montée en puissance des brigades de gendarmerie, le développement de la réserve opérationnelle ou encore les interventions récentes à Mayotte et en Nouvelle-Calédonie le montrent clairement : la gendarmerie est en première ligne du dispositif de protection nationale en situation de crise. Bien qu’elle soit au cœur du continuum de sécurité, nous continuons trop souvent à raisonner en silos. Dans cette nouvelle approche doctrinale, la gendarmerie ne peut plus être pensée comme périphérique.Ce texte pose au fond une question bien plus large qu’il n’y paraît. Sans l’assumer explicitement, nous déplaçons la frontière entre défense et protection, nous redéfinissons le rôle des armées dans le territoire national, nous transformons progressivement notre doctrine. Cela appelle un débat politique structurant. Ce débat devra être pleinement abordé, en particulier dans le cadre des prochaines échéances présidentielles. Il devra apporter une réponse à cette question centrale : quel niveau d’effort la nation est-elle prête à consentir pour sa sécurité ?Dans ce contexte, il faut assumer une ligne claire. Oui, cette actualisation est nécessaire, mais elle constitue surtout le point de départ d’un débat plus large : celui de la défense que nous voulons pour la France, dans toutes ses dimensions et dans tous ses territoires, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières. Elle n’est qu’une étape ; le plus difficile commence.Les Jeux olympiques nous ont permis de faire la preuve de nos capacités, dans un contexte ponctuel, avec des moyens économiques et humains exceptionnels, tout en ayant bénéficié de plusieurs années d’anticipation.Nous devons la vérité à la nation ; c’est à cette condition que nous pourrons prendre nos responsabilités et garantir la sécurité, la protection et la défense de nos concitoyens.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).