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Discours du 13 janvier 2026

Sophie Ricourt Vaginay · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°111

Contrairement aux discours alarmistes que nous avons trop souvent entendus ces dernières semaines sur une prétendue incapacité du Parlement à travailler, le texte que nous examinons aujourd’hui est bien présenté conformément au calendrier attendu. Le Parlement est au rendez-vous. Il exerce pleinement sa mission. C’est précisément pour cela que nous devons regarder ce projet de loi avec lucidité et exigence, sans complaisance.Le texte qui nous est proposé ne se limite pas à donner un cadre à l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2030 dans les Alpes. Il touche au cœur même de notre responsabilité politique : l’aménagement équilibré du territoire, la sincérité des décisions publiques et le refus des arrangements politiciens et électoralistes. Nous le voterons par responsabilité. (M. Jean-François Coulomme s’esclaffe.) Mais qu’il n’y ait aucune ambiguïté : ce vote n’est ni un blanc-seing ni un acte de foi.Oui, les Jeux d’hiver 2030 s’inscrivent dans le sillage des Jeux de Paris 2024, dont le succès est incontestable, mais la comparaison s’arrête là. La candidature alpine s’est construite dans l’urgence, par défaut, avec peu de candidats et sous une forte impulsion politique régionale,…

...alors même que les équilibres financiers n’étaient pas stabilisés, qu’aujourd’hui encore, les choix d’infrastructures demeurent flous et les conséquences territoriales insuffisamment débattues.Or le projet de loi que nous examinons vise à accélérer, déroger, proroger. Urbanisme, publicité, occupation du domaine public, infrastructures temporaires devenant quasi permanentes : force est de constater que tout est fait pour court-circuiter le débat local au nom de l’événement. Je pense notamment aux dérogations en matière d’affichage publicitaire, y compris dans des sites naturels et patrimoniaux protégés, ou encore à la pérennisation d’ouvrages prétendument temporaires, laquelle contredit frontalement les documents d’urbanisme locaux.Ce sont des choix lourds, durables, parfois irréversibles, contre lesquels l’exemple niçois doit nous servir d’avertissement. Une décision politicienne et partisane a imposé la transformation temporaire d’un hangar portuaire en palais des congrès, sans vision de l’aménagement, sans respect de l’environnement, sans cohérence urbaine. Décidé dans l’urgence, ce projet est devenu une verrue urbaine – l’exact opposé d’un aménagement harmonieux du territoire –, que la loi olympique va pérenniser. Un tel choix illustre ce que produit une gouvernance par l’arrangement politique : des équipements hors-sol, imposés, que les collectivités doivent ensuite assumer sur le long terme.S’agissant de l’aménagement de nos Alpes, il faut avoir le courage de le dire : les Alpes du Nord ont été désenclavées grâce aux Jeux olympiques – Grenoble en 1968, Albertville en 1992. Ces événements ont laissé un héritage structurant : routes, rail, accès, attractivité durable.Les Alpes du Sud, elles, ont connu l’exact inverse. Elles ont été sacrifiées sur l’autel d’une écologie punitive, théorisée et appliquée au plus haut niveau de l’État, lorsque Dominique Voynet, alors ministre, a interrompu le projet d’autoroute A51. Résultats ? Des décennies d’embouteillages, des flux concentrés sur des routes sous-dimensionnées, une insécurité routière accrue et un impact environnemental bien réel, dont il serait d’ailleurs intéressant de mesurer sérieusement le bilan carbone : si empêcher l’aménagement de l’autoroute A51 n’a pas supprimé les flux, cela les a rendus plus polluants, plus dangereux et plus injustes. (Mme Caroline Parmentier applaudit.)Nous le disons clairement : les Alpes du Sud ne se résument pas au seul Briançonnais. Elles incluent aussi la Durance, le Verdon, la vallée de l’Ubaye et, plus largement, toutes les vallées de vie permanente, les mobilités du quotidien – celles des habitants, des salariés, des familles. L’aménagement du territoire ne peut pas être pensé à l’aune d’un événement ponctuel ni selon une vision politicienne. Il doit répondre aux besoins réels des habitants, à long terme, avec cohérence, continuité et équité.C’est bien cette écologie punitive, nourrie de décisions partisanes, que nous combattons à l’UDR. Car ces politiques sacrifient les territoires sans les protéger, pas plus qu’elles ne protègent les habitants ou l’environnement. La ligne de notre groupe est claire : oui aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030, oui à des infrastructures utiles, durables, pensées pour l’après-Jeux. Mais non aux décisions politiciennes, aux arrangements partisans. Non à une écologie punitive qui sacrifie toujours les mêmes territoires. Non à un aménagement des Alpes à deux vitesses !Nous voterons pour ce texte par esprit de responsabilité,…

…mais nous serons exigeants, vigilants et constants, car l’aménagement du territoire ne se réalise pas à coups de dérogations. Il engage l’avenir de nos territoires et donc notre responsabilité politique collective. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).