Discours du 11 mai 2026
Steevy Gustave · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°228
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Cinq cent trente jours. Cela fait exactement cinq cent trente jours que le peuple géorgien manifeste pour défendre ses libertés et son avenir européen. Pour ce peuple profondément attaché aux valeurs européennes, la bascule progressive vers un régime inspiré du modèle russe est vécue comme une véritable trahison.Nous examinons aujourd’hui une proposition de résolution européenne visant à condamner les dérives autoritaires du gouvernement géorgien et à réaffirmer notre soutien au destin européen de la Géorgie. Derrière cette résolution, il y a un peuple qui refuse de renoncer à sa liberté ; il y a une jeunesse qui manifeste depuis des mois dans les rues de Tbilissi pour défendre quelque chose de simple et d’immense à la fois : le droit de vivre libre.Ce débat a pour moi une résonance particulière. La Géorgie n’est pas pour moi un sujet abstrait. Le château de Leuville, symbole de l’histoire de l’exil géorgien en France, se trouve dans ma circonscription. En 2010, je me suis rendu en Géorgie auprès des populations déplacées après la guerre de 2008. À l’époque, j’étais engagé dans plusieurs combats humanitaires, du Darfour à la Géorgie, et j’ai toujours pensé que la culture pouvait aussi servir à défendre les droits humains et à tendre la main aux peuples oubliés. Je suis revenu bouleversé de ce voyage.Je n’oublierai jamais ceci : malgré tout ce qu’ils avaient perdu, ces femmes et ces hommes nous ont accueillis avec une dignité et une générosité incroyables. J’ai vu des familles vivre dans des baraquements à quelques kilomètres seulement des lignes de démarcation avec les territoires occupés. Je me souviens surtout des regards ; il y a des regards que l’on n’oublie jamais, comme celui d’une femme âgée qui avait déjà connu l’exil et qui comprenait que l’histoire recommençait. Ce jour-là, j’ai compris que, derrière chaque guerre, il y a toujours des femmes, des hommes et des enfants qui attendent simplement que le monde continue de les regarder avec dignité.Après cela, j’ai décidé de produire un concert de solidarité à Zougdidi, avec des militants, des associations et des artistes engagés pour la liberté et la justice. À mes côtés, il y avait une jeune traductrice géorgienne, Irma Inaridze. À présent, Irma manifeste dans les rues de Tbilissi. En Géorgie, la mémoire de la domination soviétique n’appartient pas exclusivement aux livres d’histoire : elle vit encore dans les familles, dans les récits, dans les silences et dans l’inquiétude d’une jeunesse qui refuse de voir son avenir démocratique lui échapper.Il y a quelques semaines, lors de l’exposition « Géorgie : instantanés de la résistance » organisée à Paris, Irma prononçait ces mots : « Nous avons grandi avec l’idée que la liberté n’était jamais acquise. Nos parents nous ont raconté la peur soviétique. Aujourd’hui, nous refusons de voir cette peur revenir dans notre pays. » Puis elle ajoutait : « Cela fait maintenant plus de 500 jours que nous sommes dehors, sans aucune interruption. Trois générations se tiennent là, coude à coude, et nous ne céderons pas. […] Nous ne demandons pas au monde de se battre à notre place. Nous demandons simplement qu’il ne détourne pas les yeux. »Non, nous ne devons pas détourner les yeux. Derrière ce texte, il y a une jeunesse géorgienne qui refuse la peur ; il y a des journalistes, des étudiants, des comédiens, des artistes, des opposants politiques qui sont intimidés, arrêtés ou emprisonnés pour avoir voulu défendre leurs libertés. Derrière les chiffres, il y a des familles brisées, des destins suspendus, des vies qui attendent simplement justice et liberté. Oui, cette proposition de résolution européenne est importante, parce qu’elle rappelle que l’Europe ne peut pas rester silencieuse lorsque les libertés reculent, lorsque l’État de droit vacille, lorsque la peur devient un mode de gouvernement.Toutefois, notre soutien doit être crédible. La démocratie ne peut pas être un principe à géométrie variable, sans quoi de tels principes ne sont plus que des intérêts. Les valeurs européennes que sont la liberté d’expression, les droits humains, le droit de manifester, l’accès à une justice équitable sont essentielles non seulement pour les Géorgiens, mais aussi pour nous. L’Europe ne sera respectée que si elle reste fidèle partout – je dis bien partout – aux valeurs qu’elle prétend défendre.En regardant la jeunesse géorgienne descendre dans la rue avec le drapeau européen à la main, comment ne pas penser aux jeunesses qui, partout dans le monde, continuent de se battre pour la liberté, la dignité et la paix ? Nous, pays des droits de l’homme, avons le devoir ne pas détourner les yeux.Pour toutes ces raisons, le groupe Écologiste et social votera cette proposition de résolution européenne. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et SOC. – Mme la rapporteure applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).