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Discours du 8 avril 2026

Stella Dupont · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°196

L’adaptation au changement climatique s’impose désormais comme une dimension à part entière de l’action publique. Elle ne relève plus d’un horizon abstrait ou différé : elle reconfigure déjà, de manière tangible, nos territoires, leurs équilibres et les vulnérabilités qui les traversent. Elle s’invite au cœur de décisions qui engagent durablement notre modèle d’aménagement et, avec lui, la soutenabilité même de nos finances publiques.Les données sont, à cet égard, particulièrement éclairantes. Le coût moyen annuel des sinistres climatiques a doublé en trente ans, passant de 1,5 milliard d’euros à près de 3,5 milliards aujourd’hui, avec des projections atteignant 143 milliards cumulés à l’horizon 2050. Les seules inondations pourraient représenter plus de 50 milliards d’euros de dommages sur cette période.Ces évolutions ne relèvent plus de projections lointaines. Elles se traduisent déjà concrètement dans nos territoires. En Maine-et-Loire, les crues intervenues ces dernières semaines ont rappelé, avec une acuité particulière, la réalité d’un risque qui s’intensifie. Elles ont aussi montré combien la gestion de ces épisodes repose d’abord sur une mobilisation collective : celle de l’État et des collectivités, mais aussi des habitants eux-mêmes.Cette capacité de réaction est essentielle, mais elle ne saurait constituer, à elle seule, une réponse suffisante. En effet, face à des phénomènes dont l’ampleur dépasse les frontières administratives, c’est bien la question d’une solidarité plus large, pleinement nationale, qui se trouve posée.Le texte que nous examinons part d’un constat juste : notre pays s’est doté de stratégies, de plans, de documents de référence, mais l’adaptation demeure encore trop souvent insuffisamment traduite normativement. Elle progresse, mais de manière inégale. Elle existe, mais sans toujours disposer de la portée juridique ou opérationnelle nécessaire. Elle est affirmée, mais encore trop peu intégrée dans l’ensemble des décisions d’aménagement, d’investissement et de planification.C’est pourquoi l’inscription dans la loi du plan national d’adaptation au changement climatique et de la trajectoire de réchauffement de référence constitue une évolution utile. Elle permet de donner davantage de stabilité, de continuité et de lisibilité à des instruments qui, jusqu’à présent, demeurent fragiles. Surtout, elle permet de mieux ajuster les politiques d’urbanisme et d’aménagement à une donnée devenue centrale : non plus seulement le climat passé, mais le climat à venir. C’est là un point décisif car beaucoup de nos vulnérabilités tiennent précisément à ce décalage entre des territoires conçus pour un climat révolu et des aléas désormais plus fréquents, plus intenses et, parfois, plus durables. À cet égard, l’adaptation ne peut plus rester cantonnée à un champ spécialisé, elle doit irriguer l’ensemble de nos politiques publiques.La même logique vaut pour la reconstruction après sinistre. Continuer à reconstruire à l’identique dans des zones exposées revient, bien souvent, à reconduire les mêmes fragilités. Introduire un principe de reconstruction résiliente va donc dans le bon sens, à condition d’apporter aux assurés, aux collectivités et aux opérateurs la clarté et l’accompagnement nécessaires.Enfin, le texte soulève la question particulièrement sensible de la soutenabilité du régime des catastrophes naturelles. Ce régime est l’un des piliers les plus concrets de notre solidarité nationale, mais il est aujourd’hui sous tension. Huit années consécutives de déficit, une sinistralité en hausse continue, une surprime déjà relevée, des risques de retrait de certains assureurs dans les zones exposées : tout cela oblige à regarder la réalité en face.Pour autant, cette évolution ne peut se faire au prix d’une remise en cause de la mutualisation. C’est pourquoi le débat sur la modulation de la surprime doit être abordé avec discernement. Il ne saurait conduire à fragiliser l’accès à l’assurance ni à introduire, à bas bruit, une forme de rupture territoriale devant le risque.Au fond, l’enjeu de ce texte est là : faire progresser notre droit pour qu’il soit davantage en prise avec la réalité climatique, sans affaiblir les principes de solidarité qui doivent demeurer le fondement de notre réponse collective. C’est dans cet esprit que je voterai ce texte, avec exigence et lucidité, au regard de la nécessité de mieux articuler adaptation, aménagement et solidarité nationale.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).