Aller au contenu
vie-politique.fr

Discours du 3 juin 2026

Stella Dupont · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°262

Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.

Eh oui !

Très bien !

Il y a encore quelques mois, peu de Français et certainement peu de députés avaient entendu parler du cadmium. Aujourd’hui, chacun découvre avec inquiétude qu’un métal lourd classé cancérogène se trouve dans les produits du quotidien : le pain, les pâtes, les céréales du petit-déjeuner, les pommes de terre. Ce sujet a émergé dans le débat public parce que les alertes scientifiques se sont multipliées et que des parlementaires, à l’image de M. Biteau, ainsi que des associations s’en sont saisis. Ces alertes, nous ne pouvons plus les ignorer.Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Près d’un adulte sur deux présente une exposition au cadmium supérieure au seuil sanitaire de référence et les Français sont trois à quatre fois plus contaminés que leurs voisins européens. La France est l’un des pays les plus exposés d’Europe et nos enfants sont particulièrement concernés, comme l’a rappelé Mme Autain. Derrière ces chiffres, il y a des risques réels, des atteintes rénales, des fragilités osseuses et plusieurs formes de cancer. Nous ne parlons pas d’un risque hypothétique, nous parlons d’un enjeu majeur de santé publique. Il convient donc d’agir, d’autant que nous connaissons l’origine du problème. Les engrais phosphatés constituent l’une des principales sources de contamination des sols agricoles. Le cadmium passe des sols aux cultures, puis des cultures à notre alimentation.Chers collègues du Rassemblement national, ce texte n’est pas contre les agriculteurs. Je dirais même l’inverse. (Mme Florence Herouin-Léautey applaudit.)

Mais c’est bien ce que je compte faire. Je travaillais encore dans l’exploitation agricole familiale il y a peu. Mes sœurs, ma fille, mes parents y travaillent. Je sais de quoi je parle ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.)

Ce texte n’est pas contre les agriculteurs car ils sont les premiers concernés par la qualité des sols qu’ils exploitent et qu’ils transmettront demain. Opposer santé publique et agriculture serait une erreur. Une agriculture forte a besoin de sols sains ; une agriculture durable a besoin de la confiance des consommateurs. Défendre la santé des Français, c’est aussi défendre l’avenir de notre agriculture. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.)La Commission européenne travaille à un durcissement des règles actuelles. Elle doit adopter son rapport de réexamen au plus tard le 16 juillet et la publication officielle est attendue au troisième trimestre. À ce stade, aucun calendrier définitif n’est arrêté, mais les travaux préparatoires évoquent un possible abaissement du seuil européen à 40 milligrammes par kilogramme entre 2027 et 2028, puis à 20 milligrammes par kilogramme entre 2032 et 2038. C’est un peu tard, compte tenu de la teneur des sols français en cadmium. Je ne suis pas, de façon générale, favorable aux surtranspositions, mais en l’occurrence on a plutôt sous-transposé, avec 90 milligrammes par kilogramme autorisés en France. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EcoS.)

Ces taux extrêmement élevés en France font qu’il existe un problème spécifiquement français et qu’il est donc difficile d’attendre la décision de l’Europe. Les producteurs d’engrais auditionnés ont indiqué être en mesure de respecter une trajectoire progressive vers 40 milligrammes par kilogramme, puis vers 20 milligrammes par kilogramme, grâce au procédé de décadmiation désormais disponible, avec un surcoût limité pour les exploitations agricoles de l’ordre de 2 euros par hectare – c’est une information importante. Plusieurs États membres appliquent d’ores et déjà des seuils plus protecteurs. Le débat n’est donc plus de savoir s’il convient d’agir, mais quand. Lorsque les risques sont connus et sont aussi importants, il ne faut plus attendre.Cette proposition de loi est un texte d’équilibre qui ne prévoit ni interdiction brutale ni changement impossible à opérer. Elle fixe une trajectoire progressive qui laisse le temps aux filières de s’adapter et d’anticiper. (Mme Clémentine Autain applaudit.) Elle s’inscrit dans une démarche pragmatique, réaliste et responsable. La question est simple : que faisons-nous lorsque la science nous alerte et que la solution pour pallier le problème de santé publique existe ?

La solution existe, je le répète. Nous devons agir car les effets sur la santé ne sont pas virtuels, mais bel et bien réels. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et EcoS. – M. Marcellin Nadeau applaudit également.)

Et le chlordécone ?

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).