Discours du 11 février 2026
Stéphane Lenormand · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°146
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C’est sans doute Mme Moret qui pourra répondre à ma question. Je suis autour de cette table le seul député issu des outre-mer et vous avez en partie répondu à certaines de mes interrogations à leur sujet.Existe-t-il au sein des organisations étudiantes une volonté des ultramarins de s’investir et de prendre leurs responsabilités en créant des branches outre-mer ?J’ai fait mes études à une époque lointaine – on confondait alors Saint-Pierre-Quiberon et Saint-Pierre-et-Miquelon, qui ne sont séparés que de 4 500 kilomètres ! Aujourd’hui, deux choses me frappent. D’une part, la plupart de nos jeunes étudiants, lorsqu’ils arrivent en première ou en deuxième année, sont très fragiles parce qu’ils sont partis loin de chez eux. Prenez-vous cette problématique en compte et avez-vous la volonté de porter leur parole ? Il faut faire valoir la spécificité des étudiants ultramarins, non pour les différencier des autres, mais parce qu’il faut bien comprendre qu’ils ne peuvent pas rentrer chez eux tous les week-ends et que cet éloignement suscite des échecs plus fréquents en première année – je ne dispose pas d’éléments statistiques à ce sujet mais j’ai pu le constater au cours de ma vie.D’autre part, j’ai rencontré des étudiants issus de différents territoires d’outre-mer et observé que leur mal-être et leur précarité étaient significatifs. Votre organisation syndicale prend-elle ces difficultés en considération ? Ce mal-être que l’on perçoit chez les jeunes, naturellement divers et diffus, m’inquiète en tant que père et ancien enseignant.
Je souhaite vous interroger sur la prise en compte du handicap dans les différentes institutions universitaires. J’ai longtemps été élu local et j’ai essayé d’appliquer ce que le législateur avait voté en matière de handicap – je pense, par exemple, à l’accès des établissements aux personnes à mobilité réduite. Quand je suis arrivé à l’Assemblée nationale, j’ai un peu souri : c’était un peu « faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ». J’aimerais savoir comment le handicap, au sens large du terme, est pris en compte dans les différentes universités. Pensez-vous qu’il soit possible, pour une personne qui souffre d’un handicap, quel qu’il soit, de suivre sereinement des études universitaires ou une formation à l’université ? Je sais, bien sûr, qu’il y a des questions de moyens, mais est-ce qu’au moins les instances concernées prennent en compte la situation de l’étudiant en situation de handicap ?
J’ai retenu qu’il y avait 650 000 étudiants boursiers en 2024-2025 : c’est le chiffre le plus bas depuis dix ans, ce qui nous montre bien que le système est à revoir. Je me permets donc de lancer quelques propositions ou interrogations. D’abord, pourquoi n’avons-nous jamais pensé à indexer le montant des bourses sur l’inflation ? Nous éviterions peut-être des suivis et des décalages sur plusieurs années.Il y a ensuite un réel besoin d’information et de simplification de l’accès aux bourses sur critères sociaux. J’ai été surpris de croiser dans différents territoires d’outre-mer de nombreux jeunes qui avaient droit à ces bourses mais qui, pour différentes raisons, n’ont pas été informés et n’ont pas eu accès à leur système informatisé, parfois complexe.
Enfin, de manière générale, il nous manque de la souplesse pour aider les étudiants dans le besoin. Je pense aux enfants de familles monoparentales, mais aussi aux enfants dont les parents sont en instance de divorce, une situation fréquente lorsqu’ils partent étudier. Le mode de calcul prenant pour base les revenus des années antérieures, ils peuvent ne pas obtenir de bourse et avoir à arrêter leurs études.En tant qu’élu de Saint-Pierre-et-Miquelon, je me concentrerai sur l’outre-mer. Le système national de bourses sur critères sociaux ne les pondère pas selon le niveau de vie des différents territoires d’outre-mer. Ainsi, un étudiant issu d’un foyer fiscal de catégorie C pourrait être boursier dans l’Hexagone, et ne le serait pas dans certains territoires d’outre-mer parce que les revenus du foyer seront trop élevés. Mais c’est parce que la vie est très chère ! Pour compenser cette vie chère, le gouvernement a accordé en 2025 une majoration de 300 euros sur les bourses sur critères sociaux pour les étudiants des Drom. Les autres catégories de territoires d’outre-mer n’ont pas été intégrées à cette mesure, alors que la vie y est également plus chère que dans l’Hexagone. Quelle a été la raison politique ou technique de cette sélection ?Enfin, vous avez fait un effort sur les bourses des étudiants en situation de handicap. Selon vous, sommes-nous à la hauteur de l’enjeu d’intégration de ces étudiants dans nos universités ?
Je souhaite revenir sur le cas des étudiants en situation de handicap, tant du point de vue de la prise en charge financière que des mesures d’accompagnement qui sont souvent nécessaires pour leur permettre de compenser une partie de leur handicap. Quel regard portez-vous sur les dispositifs en place ?De manière plus générale, en tant qu’ancien enseignant, je sais qu’en primaire, au collège et au lycée, toutes sortes de dispositifs sont prévus pour les accompagner – je ne les citerai pas parce qu’ils changent tous les ans. J’ai l’impression que d’un point de vue pédagogique, cet accompagnement disparaît dans les universités – à part peut-être lors des travaux dirigés –, ce qui n’est naturellement pas une bonne façon de les accompagner, de leur mettre le pied à l’étrier et de compenser leurs difficultés. Dans d’autres pays, l’accompagnement est beaucoup plus personnalisé et individualisé.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).