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Discours du 7 janvier 2026

Stéphane Viry · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°104

Le gouvernement a récemment annoncé une mesure permettant aux salariés de débloquer jusqu’à 2 000 euros de leur épargne salariale sans imposition. Une question simple se pose : que recouvre réellement cette annonce ? Si l’idée peut paraître intéressante et sembler répondre à un besoin de flexibilité face à des dispositifs parfois trop rigides, je m’interroge sur l’ambition réelle de la mesure. S’agit-il d’un véritable changement de raisonnement à l’égard de l’épargne des Français ou sommes-nous face à un coup de communication destiné à masquer une absence d’actions en faveur du pouvoir d’achat ?Des interrogations majeures demeurent quant au contenu même de la décision, laissant penser à une mesure d’urgence sortie du chapeau. Quelles seront les conditions de déblocage ? Les salariés pourront-ils accéder à ces fonds rapidement et simplement pour répondre aux aléas de la vie quotidienne ? Je pense par exemple à un chauffe-eau ou à une voiture qui tombe en panne, des coups du sort auxquels il est nécessaire de faire face très vite. Je m’interroge aussi sur le périmètre retenu. Pourquoi limiter cette mesure à certains salariés, alors que tous les Français qui travaillent sont confrontés à une même pression sur leur pouvoir d’achat ? Cette restriction apparaît arbitraire. Enfin, pourquoi retenir le montant de 2 000 euros plutôt qu’un autre ?Avec ma question, j’entends élargir la réflexion à l’intéressement, à la participation et à l’actionnariat salarié dans son ensemble. Selon moi, il s’agit d’un sujet qui mérite d’être traité et réintégré dans notre paysage social et sociétal. Replaçons au cœur de notre modèle social la revalorisation du travail, le renforcement du dialogue en entreprise et la consolidation du lien entre le travail et le capital, en concertation avec les partenaires sociaux. Je ne doute pas que l’intention initiale du gouvernement soit louable, mais force est de constater que la méthode choisie et le contenu proposé sont, comme l’impose la météo actuelle, particulièrement glissants. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT et sur quelques bancs du groupe HOR.)

Tout a été dit et bien dit par les collègues qui s’expriment depuis presque une heure. Ce qu’il faut comprendre et entendre, c’est un cri d’alarme, que lancent des voix issues de groupes différents, quant à une structure à laquelle nous sommes tous attachés, non parce que nous y avons intérêt – même si certains collègues y ont jadis exercé des fonctions professionnelles – mais parce que nous avons bien conscience que les missions locales exercent un rôle, présentent une particularité et obtiennent des résultats qui exigent que l’on se préoccupe d’elles. La raison d’être du présent débat est le coup de rabot très dur que prévoit le projet de loi de finances pour 2026 : une diminution de 13 % des crédits dévolus aux missions locales, qui ferait suite à la réduction de près de 7 % décidée en 2025. À terme, ce serait une mise à mort des missions locales sur le territoire national.La période budgétaire n’est pas close et il faut reconnaître que le Sénat a corrigé la copie du gouvernement en votant un amendement tendant à restaurer ces crédits à hauteur d’environ 77 millions, pour que leur niveau soit le même qu’en 2025.Il convient de profiter de ce débat pour nous interroger collectivement sur l’existence du service public de proximité que constituent les missions locales et sur leur raison d’être, et pour rappeler les objectifs que leur a assignés le pouvoir politique lorsqu’il a décidé de les créer. Dans une logique de proximité et d’ancrage territorial, la mission était conçue non comme un guichet mais comme une structure agile, capable de répondre avec précision aux exigences du terrain, en associant toutes les parties prenantes capables d’apporter des solutions. En outre, elle devait fournir des réponses non seulement à des questions relatives à l’emploi mais aussi à la jeunesse, aux jeunes tels qu’ils sont, au cas par cas, en s’appuyant sur l’innovation et les initiatives locales susceptibles de les mener vers l’emploi, mais aussi d’atteindre d’autres objectifs. Enfin, elle devait se concentrer sur le règlement des difficultés des jeunes de moins de 25 ans.J’en parle avec beaucoup d’aisance car les résultats qu’obtiennent les missions locales depuis plusieurs années sont objectivement bons. Un maillage territorial serré existe déjà : des milliers de points d’accueil permettent, partout en France, d’accéder assez facilement aux prestations proposées. Les gouvernements successifs ont confié aux missions locales des tâches supplémentaires au fil des années. Ils leur ont ainsi fait confiance pour déployer des actions en faveur de la jeunesse, ce qui démontre qu’elles ont une véritable raison d’être. Cette confiance, corrélative d’une exigence de qualité, se fondait sur des indicateurs de performance : on a voulu que les missions locales se montrent de plus en plus exigeantes dans leur usage de l’argent public.J’ai écouté avec beaucoup d’attention l’avis des trois rapporteurs. Ils nous invitent à exprimer notre souhait que perdurent ces structures et à lancer un cri d’alarme quant à la situation actuelle : en moyenne, les missions locales accompagnent chaque année plus de 1 million de jeunes en difficulté, en rupture de parcours, en échec mais qui n’en ont pas moins le droit de rebondir, d’être considérés, d’être regardés. Les problèmes qu’ils rencontrent ne sont pas seulement professionnels mais parfois aussi sociaux, familiaux ou encore psychologiques. Si nous voulons qu’ils sortent de l’exclusion dans laquelle ils se trouvent déjà alors qu’ils n’ont pas 25 ans, il faut leur témoigner une considération humaine, individualisée, personnalisée. C’est ça, les missions locales !Avons-nous besoin de la réponse politique qu’elles offrent aux jeunes qui ne trouvent pas leur place dans la société ? Voilà la question très simple que nous devons nous poser. S’il suffisait de traverser la rue pour trouver du travail, comme disait l’autre, ça se saurait et on n’aurait pas besoin de missions locales : on ferait confiance à France Travail. Mais si certains jeunes ne trouvent pas leur place dans la société, ce n’est pas uniquement une question de compétences ou de formation. C’est plus compliqué que ça.Nous avons besoin, monsieur le ministre, d’une réponse de vérité : soit le pouvoir politique fait encore confiance aux missions locales et croit en la solution spécifique dédiée à la jeunesse qu’elles incarnent, quitte à ajuster leurs missions en leur redonnant une feuille de route pour les cinq à dix ans à venir ; soit on estime au contraire qu’elles ne fonctionnent pas et qu’on peut faire autrement. On peut ainsi considérer qu’il faut les éteindre, mais encore faut-il le dire et savoir dès à présent ce qui peut y suppléer. Nous, qui sommes les porte-voix des missions locales, n’avons besoin ni de périphrases ni de philosophie mais bien de savoir où nous en sommes.

Quelle carrière ! (Sourires.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).