Discours du 1 octobre 2026
Stéphanie Rist · Session ordinaire 2026-2027 · séance n°2
Pour vaincre le poison des violences sexistes et sexuelles, nous avons besoin d’une chaîne de protection qui fonctionne, repère mieux les violences, mette les personnes en sécurité et assure les soins qui leur sont nécessaires. Sans jamais laisser une victime seule, il faut l’écouter et la croire.Aujourd’hui, alors que cette chaîne se rompt encore trop souvent, chaque maillon qui cède est une victime que nous laissons en chemin. Pour restaurer cette chaîne, il nous faut développer une responsabilité collective, dont la puissance publique se porte garante. Nous le devons à celles et ceux qui ont subi des violences.C’est le chemin que nous avons emprunté depuis 2017. Nous avons d’abord connu un temps de libération de la parole, qui a rendu visible une réalité vertigineuse : 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, soit un enfant toutes les trois minutes.Face à ces vies abîmées et à ces silences imposés, nous avons souhaité structurer notre réponse. Alors qu’il y a dix ans, il n’y avait pas d’unité d’accueil pédiatrique des enfants en danger (Uaped) pour accueillir la parole de l’enfant, elles sont désormais au nombre de 154, couvrant l’ensemble du territoire. Alors qu’à la même époque, il n’y avait pas de maison des femmes-santé permettant un accueil et une prise en charge globale des femmes victimes de violences, on en compte actuellement 120 et nous avons publié aujourd’hui même le décret qui ancre leurs missions au sein des établissements de santé, dans tous les départements.Tandis qu’il y a dix ans, il fallait passer par le commissariat pour déposer plainte, il est désormais possible de le faire dans les trois quarts des établissements de santé. Alors qu’il y a dix ans, il n’y avait pas de parcours structuré pour les enfants et jeunes majeurs suivis par l’aide sociale à l’enfance (ASE), nous venons de créer le parcours coordonné renforcé pour leur offrir ce à quoi ils ont droit : un bilan, des soins et un suivi coordonné dans la durée, et nous soutenons fortement le déploiement des centres d’appui à l’enfance Asterya.Tout cela n’est pas suffisant pour prendre en charge les soins des femmes et enfants victimes de violences sexistes et sexuelles. C’est pourquoi le gouvernement partage pleinement l’ambition de cette proposition de loi d’apporter une réponse plus forte et plus efficace à ces violences.Je soutiens tout particulièrement les mesures relatives au champ sanitaire et à l’engagement des professionnels de santé dans l’accompagnement des victimes. Du fait du rôle éminent qu’ils jouent, ils doivent être exemplaires. Si les lieux du soin – cabinet du médecin, urgences, maternité, service de pédiatrie – sont souvent les premiers où la violence se révèle, ils doivent devenir les lieux où elle est arrêtée. Cela suppose de lever les derniers freins au signalement par les soignants, de former dans le cadre de sa formation initiale chaque professionnel de santé au repérage des violences et, enfin, de renforcer partout la prise en charge du psychotraumatisme.Je le dis avec la plus grande fermeté : un soignant qui abuse d’un patient trahit sa mission et n’a plus sa place dans le soin. C’est pourquoi nous inscrivons dans le projet de loi relatif à la protection des enfants un contrôle d’honorabilité et une interdiction d’exercer.Mais – c’est le message que je veux vous adresser –, loin d’attendre seulement de nous l’instauration de nouveaux droits, les victimes espèrent que leurs droits deviendront réels, partout, pour chacune et chacun. Une loi vaut uniquement par ce qu’elle change dans la vie d’une femme qui pousse la porte des urgences ou d’un enfant qui se confie à son médecin. C’est à l’aune de cette exigence d’effectivité que le gouvernement abordera nos débats.Avec le garde des sceaux, nous défendrons le même pragmatisme dans le cadre de l’examen du projet de loi relatif à la protection des enfants. Nous devons la vérité aux victimes : ajouter des dispositifs sans les relier entre eux, reviendrait à créer des droits sur le papier et des déceptions dans la vie réelle.J’ai dit en commission spéciale que la confiance ne viendrait que des actes concrets. Nous ne partons pas d’une feuille blanche et il faut nous garder de la tentation de vouloir tout réécrire. Notre responsabilité n’est pas de rédiger la loi la plus longue, mais celle qui protégera le mieux. C’est à cette condition que nous rendrons opérante la chaîne de protection que nous devons aux victimes. Ces dernières ne nous demandent pas des symboles ; elles nous demandent d’être au rendez-vous. Le gouvernement y sera. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem, sur quelques bancs des groupes SOC, DR et LIOT ainsi que sur les bancs des commissions.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).