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Discours du 19 janvier 2026

Sylvie Josserand · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°118

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Que d’autosatisfaction dans la déclaration du gouvernement et quelle pitoyable cacophonie à la tête de l’État ! Le président de la République s’est dans un premier temps cantonné à une incompréhensible réserve vis-à-vis de l’agression américaine au Venezuela, tandis que le ministre des affaires étrangères se livrait à des déclarations contraires. (M. le ministre proteste.)Même si le groupe de La France insoumise feint de l’ignorer, Maduro restera dans l’histoire du Venezuela un président illégitime, qui aura aboli la démocratie, truqué les élections, instauré une dictature, introduit un socialisme du XXIe siècle aux mêmes caractéristiques – la pauvreté, le goulag et la persécution – que celui du XXe, fait fuir 30 % de la population et plongé dans le dénuement un pays doté d’importantes réserves de pétrole.Dès le premier jour, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont pris une position ferme et cohérente en soulignant qu’il existait mille raisons de condamner le régime autoritaire de Nicolás Maduro mais qu’aucune ne pouvait justifier la mise en cause de la souveraineté, inviolable et sacrée, d’un État. Renoncer aujourd’hui à ce principe pour le Venezuela ou pour n’importe quel État reviendrait à accepter demain notre propre servitude.Marine Le Pen entend renouer avec les valeurs traditionnelles de la diplomatie française :…

…indépendance, équidistance, constance. Aussi convient-il d’examiner à l’aune de ces trois principes ce qui, s’agissant de la crise vénézuélienne, ne peut même pas être désigné comme la position de la France puisque ce n’est que l’attitude d’Emmanuel Macron.Indépendance, d’abord : tous les observateurs ont souligné l’alignement total des déclarations du président Macron sur les celles du président Trump. La voix de la France, incarnée par celui qui, aux termes de l’article 14 de la Constitution, parle au nom du pays, ne s’est pas affirmée comme une voix indépendante.Équidistance, ensuite : en affichant un tel parti pris en faveur des États-Unis, qui ont bafoué tous les principes fondamentaux du droit international, le président Macron a hypothéqué la sécurité juridique du peuple vénézuélien, lequel, bien que persécuté par le régime Maduro, ne peut être ainsi sacrifié sur l’autel de la realpolitik. Il est évident que les États-Unis n’auraient pas agi de la sorte si le Venezuela n’était pas riche de pétrole et d’autres ressources stratégiques.

Aussi l’objectif manifeste de l’opération exigeait-il du président français une prise de distance avec Washington.Constance, enfin : en ignorant les principes fondamentaux du droit international, qui, s’il peut être enrichi – j’y viendrai dans un instant –, repose néanmoins sur la souveraineté des États, le président Macron a, à lui seul, changé le discours historique de la France. Malgré de malheureuses exceptions, c’est au droit international que la voix de la France a toujours invité à se référer quand les tensions entre nations fragilisaient la paix et l’équilibre du monde, comme en Irak en 2003 ou en Ukraine depuis 2022.En renonçant à l’indépendance, à l’équidistance et à la constance qui fondaient sa crédibilité, la France voit sa parole perdre toute influence sur le plan diplomatique. La situation internationale et, singulièrement, les événements survenus au Venezuela ont été un nouveau révélateur, s’il en fallait encore, de l’affaiblissement de la voix de la France dans le concert des nations. En raison des gesticulations du président de la République et de la faiblesse d’un gouvernement sans majorité, la France n’est plus audible. Or un grand nombre de nations attendent la voix de la France, la voix singulière d’un pays qui a donné au monde la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et qui a longtemps été une grande puissance.Le Rassemblement national considère que, pour qu’elle retrouve cette place, la France doit enrichir le droit international de nouveaux principes. À la tribune de l’ONU, en 1995, le pape Jean-Paul II déclarait : « La Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée en 1948, a traité de manière éloquente des droits des personnes ; mais il n’existe pas encore d’accord international analogue qui traite des droits des nations dans leur ensemble. C’est là un fait qu’il convient de prendre attentivement en considération, étant donné les questions urgentes qu’il suscite dans le monde contemporain au sujet de la justice et de la liberté. »Pour combler cette carence, un projet de Déclaration des droits des peuples et des nations a été présenté par Marine Le Pen en septembre 2023. Parallèlement au retour des empires se dessine sur tous les continents un mouvement de retour des nations et d’aspiration pressante des peuples à faire leur le principe auxquels ils sont légitimement attachés : le droit à disposer d’eux-mêmes.Ces aspirations ne peuvent prendre corps que de manière pacifique et ordonnée. Aussi le droit est-il un instrument incontournable qui ne saurait être relégué au second plan. La Déclaration des droits des peuples et des nations proposée par Marine Le Pen vise à donner à la communauté internationale un outil supplémentaire, afin que le préambule de la Charte des Nations unies du 26 juin 1945 – qui affirme la résolution des peuples « à favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande » – ne soit pas une épitaphe sur le tombeau du droit international. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

La Charte des Nations unies, signée en 1945 à San Francisco, pose les principes de l’égalité souveraine des États, de l’interdiction du recours à la force entre États et du droit à l’autodétermination des peuples. Devant les délégués, Harry Truman, président des États-Unis, affirmait que la responsabilité des grands États est de servir et non de dominer les peuples du monde. Toutefois, la communauté internationale n’est pas parvenue à s’entendre sur un droit international contraignant et donc applicable, et à l’heure où le monde renoue avec la loi du plus fort, les nobles principes de la Charte des Nations unies semblent dépassés, à tel point que le ministre norvégien des affaires étrangères, en janvier 2025, confiait que la survie des Nations unies devenait de plus en plus incertaine.Face à l’impossibilité de continuer d’imposer l’unipolarité, la politique America First de M. Trump révèle l’acceptation d’un ordre mondial multipolaire par les États-Unis pour y jouer un rôle prépondérant, si possible devant la Chine. Le conseiller à la sécurité nationale américain a même présenté la vision du nouveau président comme une doctrine Monroe 2.0.La doctrine Monroe de 1823 concrétisait, en pratique et pour un siècle, le principe de la sphère d’influence respective des grands empires, incluant le droit d’oppresser les pays et les peuples. Face aux menaces qui pèsent sur la paix, les États-Unis prétendent qu’il serait urgent de défendre les impératifs d’un ordre international fondé sur les règles, le rules-based order. Cette nouvelle expression qui fleurit chez les diplomates américains est reprise en chœur par Paris et Bruxelles – y compris par la ministre de la défense, il y a à peine quelques minutes.Pourquoi ce concept, sobre en apparence, viendrait-il remplacer le droit international ? En réalité, il dissimule un véritable choix géopolitique des États-Unis pour organiser leurs relations avec leurs partenaires ou leurs adversaires. Mes questions sont doubles : n’est-il pas contradictoire de condamner l’intervention américaine au Venezuela et d’approuver concomitamment l’ordre international basé sur les règles imaginées par Washington ? La France peut-elle encore prétendre défendre le droit international avec 3 500 milliards d’euros de dette ?

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).