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Discours du 3 février 2026

Thierry Sother · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°139

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Les Européens ont vécu pendant des décennies dans l’ombre protectrice des États-Unis. Outre-Atlantique se trouvait l’allié le plus précieux de beaucoup de nos nations, qui en étaient dépendantes pour leur commerce et pour leur protection. Cet allié n’a jamais été un partenaire idéal. Il espionnait, il étendait son droit et utilisait sa justice pour servir ses intérêts commerciaux, il menait des guerres que nous désapprouvions. Mais il partageait avec nous de grandes valeurs, en particulier celles de l’État de droit et de la démocratie.

Les États-Unis ne sont plus rien de tout cela. Sous la présidence de Donald Trump, notre allié est devenu une menace. Dès son investiture, Donald Trump avait dessiné les contours de quatre années noires pour les relations internationales, où il pourrait prendre tout ce dont avait besoin : il menaçait de s’emparer du canal de Panama, d’annexer le Canada ou encore d’acquérir le Groenland – sans exclure, jusqu’à très récemment, le recours à la force. C’est là son fonctionnement de tyran : faire planer la peur et la menace jusqu’à obtenir un avantage.La sidération des Européens a trop duré. Nous avons un continent de grande taille et bien peuplé. Nous avons une histoire militaire et diplomatique et il nous reste encore les moyens de notre protection. Nous avons un espace commercial crucial pour les puissances impérialistes, auxquelles nous ouvrons actuellement grand nos portes, quoi qu’elles nous fassent subir.Nous avons les moyens d’affirmer notre indépendance. Depuis un mois, les menaces qui pèsent sur le Groenland et le Danemark sont insupportables, comme l’illustre cette carte qui montre la terre arctique arborant les couleurs du drapeau états-unien. La prétendue nécessité pour les États-Unis de posséder le Groenland que Donald Trump ne cesse d’invoquer ne justifie pas tout. Toute la propagande relayée par les proches de la Maison-Blanche et les cercles d’extrême droite fait passer l’agression d’un allié pour une fierté nationale.Il est vrai que le Groenland est une terre riche en minéraux qui sont plus que jamais nécessaires à la transition écologique. Il est vrai que s’y trouvent des gisements inexploités de pétrole et de gaz. Il est vrai que la fonte de la banquise du Grand Nord continue de nous rapprocher d’un grand océan, et expose tout l’Occident à la menace russe. Les socialistes n’y voient cependant aucun argument en faveur de l’octroi de droits supplémentaires aux États-Unis. Au contraire, les Européens n’ont pas à céder des ressources à un pays qui exploite tout son sol au mépris de la crise climatique. Ils n’ont pas non plus à abandonner leur sécurité au profit d’un pays qui était si menaçant quelques jours auparavant. Lorsque la sécurité mutuelle est en jeu, il faut en passer par les alliances. Les Américains n’ont pas besoin de s’approprier le Groenland pour participer à sa défense, qui relève de l’Otan. Si le Danemark ne peut plus se reposer sur l’Otan, nous ferons en sorte qu’il puisse se reposer sur l’Europe.Au-delà de ces intérêts se trouve le principe premier, le plus fondamental, celui de l’autodétermination du Groenland et du Danemark et de leur souveraineté. Aucun pays européen ne doit souffrir d’une telle menace, imposée de surcroît par un allié historique. C’est pourquoi l’Europe doit faire front et chercher dès maintenant les voies de son émancipation. Dans son discours à Davos, le premier ministre du Canada Mark Carney a désigné une voie, celle de l’union des puissances moyennes. Mais cette union ne peut pas avoir pour seule fondation des partenariats économiques. Dans le même temps, Ursula von der Leyen signait avec l’Inde un partenariat qualifié d’historique.Mais notre diplomatie doit aussi être une diplomatie de valeurs, basée sur les libertés fondamentales et les principes démocratiques. (Mme Dominique Voynet applaudit.) C’est en nouant de nouveaux partenariats sur ces bases que les Européens pourront développer des alliances les affranchissant de ceux qui leur sont devenus hostiles. C’est unis et fermes que les Européens pourront consolider leur souveraineté devant la pression des impérialismes.À ce titre, je me félicite des messages de solidarité et de soutien qui sont émis par la plupart des dirigeants européens en ce mois de janvier.Je salue le montage de l’opération Artic Endurance, mission de reconnaissance européenne au Groenland. Je me félicite des prises de position résolues de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen et du président du Conseil européen António Costa. Je remercie mes collègues Damien Girard et Vincent Caure pour cette proposition de résolution européenne qui contribue comme toutes les expressions officielles à faire bloc autour du Danemark et du Groenland. Enfin, je salue le déplacement du président de la commission des affaires européennes, Pieyre-Alexandre Anglade, qui est allé sur place redire notre soutien.Le groupe socialiste votera en faveur de ce texte. Depuis son dépôt, la situation a beaucoup évolué mais la proposition de résolution n’a pas perdu son objet. À Davos, Donald Trump a lancé la désescalade et l’ouverture des négociations, en disant publiquement renoncer à l’usage de la force. En faisant planer le doute sur l’intervention militaire, il a déjà obtenu l’ouverture des discussions pour revoir l’accord conclu en 1951 entre le Danemark et les États-Unis, déjà très favorable à ces derniers. Sa stratégie de demander beaucoup pour avoir un petit peu a payé.On peut supposer qu’une priorisation de l’Otan, son projet de Dôme d’or, de nouvelles libertés militaires et l’exploitation des ressources sur l’île sont sur la table. L’ouverture des négociations ne doit pas signer la fin de la mobilisation des Européens, elle doit en être le début.L’Otan reste et demeure un cadre de défense de référence. Mais les Européens doivent former un bloc uni en son sein, capable, comme les États-Unis, d’agir en indépendance et de fixer leurs propres priorités. Dans un monde de prédation, la sécurité des Européens n’est jamais mieux assurée que par eux-mêmes. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe EPR ainsi que sur les bancs des commissions.)

Il vise à faire suivre l’alinéa 20 du texte d’un nouvel alinéa tendant à rappeler que toute discussion au sujet du Groenland doit être conduite directement avec les autorités – danoises et groenlandaises – concernées.

Il vise à saluer l’élan de solidarité européenne que constitue la participation de pays européens à l’exercice danois Arctic Endurance et à appeler les institutions européennes à préparer une réponse européenne unifiée et coordonnée contre toute forme de coercition, par la mobilisation des outils de la politique de sécurité et de défense commune ou par le recours à l’instrument anticoercition de l’Union européenne.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).