Discours du 16 février 2026
Thomas Portes · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°150
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Entre avril 2023 et septembre 2024, 20 000 personnes ont été expulsées de leurs lieux de vie, dont 5 000 mineurs. Les Jeux de Paris ont permis un véritable nettoyage social ainsi qu’une nouvelle restriction des libertés fondamentales. Derrière l’opération de communication d’Emmanuel Macron, les Jeux ont consisté en plus de vidéosurveillance algorithmique et de scanners corporels, en des centaines d’assignation à résidence ainsi qu’en la création de nouveaux délits facilitant la répression des mouvements sociaux et des manifestants. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Pilotés par un gouvernement démissionnaire, les JO ont déroulé le tapis rouge aux chefs d’État criminels et aux sponsors milliardaires tout en exploitant des travailleurs sans papiers au forfait jour et sans protection en cas d’accident du travail. Certains sont même morts sur les chantiers des Jeux ! Exclusion de l’espace public a rimé avec restriction d’accès aux services publics. Le ticket de métro parisien coûtait 4 euros. Quatre euros !De ces JO, je retiens avant tout la puissance de l’expression populaire et anticoloniale : celle des membres de la délégation algérienne, qui ont rendu hommage à leurs compatriotes assassinés lors du crime d’État français du 17 octobre 1961 (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), celle de la mobilisation populaire massive contre la présence officielle d’Israël qui, en plein génocide à Gaza, aurait dû défiler sous bannière neutre, celle d’une délégation palestinienne massive, plus nombreuse que jamais, alors qu’à Gaza pleuvaient les assassinats ciblés visant les sportifs ! (Mêmes mouvements.)
Depuis la cérémonie de clôture, Emmanuel Macron a éteint la flamme olympique et réduit en cendres le budget alloué au sport. Au point qu’en 2025, la ministre des sports a organisé elle-même la fronde du monde sportif contre les coupes budgétaires. Un an plus tard, après le passage en force de votre budget, le constat est sans appel : 38 % des effectifs amputés, des centaines d’emplois supprimés, des aides cruciales pour les plus jeunes, telles que le pass’sport, réduites.
En quarante ans, les enfants ont perdu 25 % de leur capacité physique ; l’ouvrier a 30 % de chances en moins de pratiquer un sport qu’un cadre ; les non-diplômés sont deux fois moins nombreux à pratiquer un sport ; une femme sur deux renonce à la pratique sportive.
Destruction du service public, creusement des inégalités sociales et territoriales, privatisation des profits et socialisation des pertes, désastre écologique et atteinte aux libertés fondamentales : le sport concentre tous les échecs de la Macronie.Les terrains de jeux devraient pourtant être des lieux d’émancipation individuelle et collective ; la pratique sportive, un outil au service de l’éducation populaire et de l’amélioration de la santé.Alors que notre modèle sportif repose depuis les années 1960 sur la forte présence de l’État, la Macronie a choisi de livrer le secteur au marché. La libéralisation a rendu le sport malade de l’argent : clubs de foot surendettés, mécènes milliardaires, marchandisation des sportifs, affaires de dopage, paris truqués, partenariats avec des États qui commettent des crimes de guerre, publicité aux montants mirobolants…
Le sport business d’Emmanuel Macron est le symbole d’une évolution néolibérale mortifère. (Exclamations et sourires sur les bancs du groupe EPR.)
En parallèle, l’abandon progressif de l’investissement public mène à un effondrement sans précédent du nombre d’infrastructures sportives : seulement 12 % des équipements sont neufs et l’on compte 50 équipements sportifs pour 10 000 habitants.
Les premières victimes de vos politiques sont, sans surprise, les habitants des quartiers populaires. Derrière les champions, il y a la réalité vécue par les habitants. En Seine-Saint-Denis, 51 % des élèves, à la fin de la classe de sixième, ne savent pas nager. On y comptait 39 piscines en 2024, soit 60 mètres carrés de bassin pour 10 000 habitants – quatre fois moins que dans les autres départements de France.La disparition progressive de tels lieux est un désastre social. L’économie du sport représente presque 3 % du PIB, mais ne fait toujours pas l’objet d’un financement pérenne.
Les 15 milliards d’euros de budget du sport et les dizaines de milliers d’emplois publics associés dépendent exclusivement de taxes volatiles et très éloignées des valeurs sportives – comme celle sur les paris en ligne, qui sont problématiques.
Comme toujours, la Macronie a choisi de faire équipe avec le secteur privé marchand qui, lui, a explosé depuis 2019. La création de l’Agence nationale du sport a ouvert la gouvernance du sport à des acteurs privés, mais n’a pas permis l’octroi de nouveaux financements.Fédérations, clubs, bénévoles et licenciés : nous demandons une plus grande implication des premiers concernés. Nous soutenons certaines des orientations de ce texte, comme la consolidation d’une stratégie nationale du sport, l’évaluation régulière de la politique sportive ou la pérennisation des politiques et des financements du sport. Mais, une fois de plus, vous présentez un texte d’affichage : aucune disposition contraignante, aucune augmentation des financements ou du plafonnement de la taxe Buffet, aucune mesure effective pour assurer l’égalité d’accès au sport !En France, nous avons besoin d’un plan d’urgence pour la construction et la rénovation des stades, des piscines, des gymnases et des terrains extérieurs. Nous avons besoin d’éducateurs en nombre suffisant pour que le sport soit un vecteur d’insertion professionnelle pour les jeunes. Nous avons besoin d’en finir avec les logiques de marchandisation. Nous avons besoin d’une grande politique publique, qui donne la priorité au sport populaire, d’une régie publique et de coopératives pour libérer le sport des logiques d’accaparement et d’élitisme.Notre projet pour le sport est le même que notre projet pour la République : que l’ouvrier, le paysan, le chômeur y trouve la joie de vivre et le sens de la dignité. Nous défendons un sport populaire, antiraciste et anticolonial, loin du modèle marchand que vous développez, loin de la privatisation que vous accélérez. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Nous nous abstiendrons sur ce texte, qui est un texte d’affichage, qui ne répond à aucun enjeu pour l’accès au sport des habitantes et des habitants de ce pays. (« Bravo ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).