Discours du 25 novembre 2025
Timothée Houssin · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°67
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Depuis plus de soixante-dix ans, Vernon est le berceau de la propulsion spatiale française. C’est là qu’ont été conçus les premiers moteurs-fusées français, puis les moteurs Viking, Vulcain, Vinci et aujourd’hui Prometheus. Le site abrite également le plus grand centre d’essais européen pour la propulsion cryogénique. La défense de cette continuité historique exceptionnelle implique pour nous un devoir de vigilance concernant l’avenir du site ArianeGroup de Vernon.Le 24 octobre dernier, ArianeGroup, le Centre allemand pour l’aéronautique et l’astronautique (DLR) et l’Agence spatiale européenne (ESA) ont annoncé la mise en œuvre du transfert des activités d’intégration et d’essai des moteurs de fusée Vinci du site Ariane de Vernon vers l’Allemagne. En parallèle, l’accord de 2019 prévoyait le transfert à Vernon du développement et de la production des turbopompes à oxygène liquide (TPO) des moteurs Vinci et Vulcain, jusqu’ici réalisés en Italie. Selon les informations récemment communiquées par l’industriel, la production des TPO a commencé à Vernon et la qualification complète du nouveau schéma industriel interviendra en 2027, tandis qu’une partie de la fabrication reste transitoirement assurée en Italie.Si ces annonces constituent une évolution importante, elles s’accompagnent d’une perte majeure pour Vernon : celle de l’intégration et des essais de réception des moteurs de la fusée Ariane, une activité historique et hautement stratégique. Beaucoup s’inquiètent des effets réels de cette réorganisation. Le site de Vernon y gagnera-t-il réellement en charge de travail et en compétences ? Les nouvelles activités créeront-elles des emplois et de la valeur supplémentaires ? Compenseront-elles les pertes liées au transfert vers l’Allemagne ?À plus long terme, quels éléments permettent d’assurer que Vernon continuera d’occuper une place centrale au sein d’ArianeGroup, notamment face aux sites allemands et italiens ? Quelles seront les conséquences concrètes, en matière d’emploi, d’activité et de position stratégique, du double mouvement Italie-Vernon et Vernon-Allemagne ? Quelles garanties l’État peut-il apporter quant à la pérennité et au renforcement du pôle d’excellence vernonais ?Par ailleurs, cette réorganisation intervient dans un contexte plus global, marqué par un renforcement progressif de la position de l’Allemagne au sein des grands programmes européens, comme Airbus. Déjà très puissant, le site allemand de Hambourg a par exemple obtenu ces dernières années un rôle accru dans l’assemblage et la certification de l’Airbus A320neo, au détriment d’une partie des activités françaises. Ce précédent nourrit la crainte légitime qu’un mouvement similaire affecte le programme Ariane au détriment du site historique de Vernon, donc de la France.
Merci, monsieur le ministre. Vous nous confirmez quand même le transfert d’une activité des plus stratégiques au profit d’une autre, qui l’est un peu moins. Qui plus est, les projections chiffrées à l’époque de cet accord montrent que la réorganisation visant à améliorer la compétitivité d’Ariane prévoit la suppression d’environ 600 emplois.Si nous savons qu’un double transfert, de la France vers l’Allemagne et de l’Italie vers la France, doit intervenir, nous ne disposons d’aucun chiffre permettant de mesurer les conséquences concrètes, en termes d’emplois, pour le site français. Autrement dit, nous ignorons l’impact de ces changements sur les effectifs du site de Vernon, l’activité, parallèle, de la filiale MaiaSpace devant être comptée à part.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).