Discours du 13 janvier 2026
Tristan Lahais · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°111
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Monsieur le premier ministre, il y a trois mois, à cette tribune déjà, nous vous alertions sur les impasses de votre politique budgétaire. Trois mois plus tard, non seulement rien n’a changé, mais la situation s’est aggravée : le déficit se creuse, les acteurs économiques et les collectivités désespèrent de retrouver de la prévisibilité, les plans sociaux en entreprises et les suppressions d’emplois associatifs se multiplient. Pourtant, vous persistez.Ce constat n’est plus seulement celui de l’opposition ; il traverse désormais votre propre camp. Comme cela a été largement commenté cet après-midi, l’ancien ministre de l’économie et des finances, Éric Lombard, a reconnu ce week-end que les plus riches échappaient massivement à l’impôt. En première lecture, vous n’avez manifestement pas jugé utile d’informer la représentation nationale sur ce point, pourtant détaillé par les services de Bercy.En décidant de ne pas recourir au 49.3, vous nous aviez fait entendre que ce budget pourrait être le nôtre. Lors de nos débats, pourtant, vous avez rejeté toute évolution sérieuse. Vous avez refusé la taxe Zucman, pourtant massivement plébiscitée par les Français. Vous avez écarté la taxation des holdings. Vous avez raboté l’aide médicale de l’État et sacrifié les crédits destinés à la jeunesse. Vous avez diminué le budget de l’écologie. Plafonnement du malus CO2 et du malus poids sur les véhicules polluants, exonération de la taxe de solidarité sur les billets d’avion pour les aéroports accueillant moins de 150 000 passagers par an, suppression de la taxe sur les emballages plastiques et de l’article 42 sur l’affectation des recettes de l’énergie, ponctions importantes sur le budget de l’Office français de la biodiversité : le signal est clair. Vos choix politiques, qui engagent pourtant les générations futures, ne font en rien de la transition écologique une priorité nationale.
Cette approche creuse les inégalités et compromet durablement notre capacité à nous adapter à l’urgence climatique comme à protéger les plus fragiles de ses effets.Il y a un point sur lequel on ne peut pas vous donner tort : ce budget n’est pas uniquement le vôtre. Il est aussi celui de MM. Wauquiez et Retailleau. Au Sénat, les Républicains l’ont largement réécrit.
Ceux qui, dans cet hémicycle, donnent des leçons de gestion des finances publiques et de rigueur se sont révélés, dans l’autre chambre, être ceux qui creusent davantage le déficit. En supprimant la contribution sur les grandes entreprises et en détricotant la taxe sur les holdings, les Républicains ont fait de leur seule bataille le refus de toute avancée en matière de justice fiscale. C’est pourtant à partir de cette version dégradée et déséquilibrée du texte, monsieur le premier ministre, que vous avez souhaité nous faire légiférer.Lors des derniers mois, nous avons beaucoup parlé des recettes et de notre divergence fondamentale : vous voulez continuer de protéger les plus aisés, nous voulons plus de justice fiscale et sociale. Nous ne sommes pas des amoureux de l’impôt mais nous défendons des recettes pour financer notre modèle social, la transition écologique et, dans un monde incertain, notre protection.La question de la justice se joue toutefois aussi du côté des dépenses. Là encore, nos désaccords sont profonds. En vous abritant derrière le seul débat fiscal, vous évitez en effet la question essentielle : quelles priorités pour le pays ? Les voici pourtant : la situation internationale, qui nous oblige à regarder lucidement le sujet des investissements dans notre défense nationale et dans la construction européenne ; la jeunesse, qui attend un véritable investissement dans l’éducation et dans la formation ; la transition écologique, évidemment, qui réclame des moyens massifs et durables, pas des annonces sans crédits et des stop and go permanents ; la santé, l’éducation et le logement.Partout dans nos territoires, les missions locales, les associations, les centres sociaux et les collectivités tirent la sonnette d’alarme : elles voient leurs besoins croître et leurs moyens fondre. Elles font déjà plus avec moins, et vous leur demandez de faire désormais l’impossible avec encore moins. Le signal est clair. Il vient de partout : écoutez-les, écoutez-nous. Partout dans le pays monte la colère face à l’injustice, partout monte l’écœurement de ne plus pouvoir vivre dignement. Partout monte la critique d’orientations aveugles et froides venues d’en haut, au mépris de la réalité des vies d’en bas et des difficultés sociales, économiques et climatiques qui frappent de plein fouet nos compatriotes.Ces sentiments légitimes, monsieur le premier ministre, viennent en conclusion naturelle de ces dix ans de macronisme. Nous ne vous demandons pas de simples ajustements techniques ; par fidélité aux urnes, et donc à la démocratie, nous exigeons que le futur budget soit, au minimum, celui d’inflexions politiques sensibles. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et GDR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).