Discours du 27 avril 2026
Tristan Lahais · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°210
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Ce débat intervient dans un contexte international et économique pour le moins troublé, marqué par les tensions liées au conflit au Moyen-Orient, une croissance atone, en diminution de 0,2 point par rapport aux prévisions du PLF pour 2026, une inflation en augmentation de 0,6 point et un renchérissement du coût de la dette.L’évolution de la situation budgétaire – la détérioration tendancielle des soldes publics – ne vous amène toutefois pas à vous interroger sur la pertinence des politiques budgétaire que vous mettez en œuvre. Quoi qu’il en coûte à nos finances publiques, vous excluez des possibilités, celles qui impliquent de revoir la fiscalité. Vous réservez à la dépense publique la fonction d’ajustement en cours d’exécution budgétaire pour tenir les objectifs de déficit du projet de loi de finances. Preuve en est, votre solution consiste à geler massivement les dépenses en évitant tout débat démocratique à la hauteur des enjeux, nonobstant la création d’un comité d’alerte des finances publiques qui ne saurait être un substitut crédible à une consultation sérieuse du Parlement.Monsieur le ministre chargé des comptes publics, le débat d’aujourd’hui fait suite à vos annonces qui comprennent en particulier 6 milliards d’euros de nouvelles mesures d’économie. Or nous ne disposons d’aucune précision quant aux ministères concernés, pas plus qu’à l’ampleur des efforts qui seront exigés. Dans ces conditions, est-il vraiment utile de débattre ? Est-ce vraiment respectueux de l’Assemblée nationale d’organiser un tel débat tout en indiquant que les arbitrages seront dévoilés plus tard ? Nous ne disposons donc d’aucun élément pour débattre. Vous décidez de raboter un budget adopté dans des conditions difficiles après quatre mois de débat à l’automne et l’engagement de la responsabilité du gouvernement. Que devons-nous en déduire quant à la cohérence et à la sincérité du prochain projet de loi de finances ?La seule certitude, c’est que vous privilégiez une fois de plus une stratégie centrée sur la réduction des dépenses, avec des gels, surgels et coups de rabot – une stratégie déjà décriée ces dernières années par la Cour des comptes, tant elle freine l’activité et nuit à la capacité de projection des ménages, des entreprises et des collectivités territoriales.Plus globalement, si nous estimons que vouloir assainir nos comptes publics est une ambition louable, tenter de le faire en excluant une augmentation pérenne de la fiscalité est voué à l’échec. Si nous sommes réalistes, nous ne pourrons pas faire face à l’évolution démographique de nos sociétés, qui entraîne l’augmentation des dépenses consacrées aux retraites et à l’assurance maladie. Nous ne pourrons pas non plus répondre à l’intensité de la menace extérieure, qui se traduit par une croissance de nos dépenses militaires. Avec une dépense publique stable ou en diminution, nous ne pourrons pas davantage relever le défi de la réindustrialisation et de la transition écologique. Vos politiques nous condamnent à des déficits élevés, qui constitueront des menaces pour notre souveraineté.Le contexte international nous oblige à repenser notre modèle pour sortir durablement de nos dépendances, notamment énergétiques, en investissant dans la décarbonation et l’autonomie du pays. Nous nous réjouissons de vous voir enfin partager cette ambition, qui est la nôtre depuis longtemps. Mais elle suppose des choix politiques clairs et le refus des demi-mesures. Vous devriez au contraire engager une accélération nette permettant d’atteindre les objectifs climatiques, que vous semblez ne pas prendre autant au sérieux que les objectifs budgétaires.Par l’intermédiaire de la présidente de notre groupe, nous avons écrit au premier ministre pour lui présenter nos propositions, notamment une baisse temporaire et significative du prix des billets de train, un plan pluriannuel de soutien à la rénovation et à la modernisation du réseau ferré, un soutien affirmé au déploiement des services express régionaux métropolitains (Serm). Nous ne devons pas non plus renoncer à contrôler plus fermement les marges pratiquées par les distributeurs.En ce qui concerne les recettes, quid de la fiscalité de l’héritage – successions et donations – et du patrimoine, en augmentation et de plus en plus concentré ? Cela permettrait entre autres de financer les transitions.Pour conclure, le PSMT s’inscrit dans une politique communautaire anachronique. L’Union européenne ne peut être l’idiot utile d’un monde qui s’est transformé et qui ne se soumet pas aux mêmes contraintes que nous, Européens. Épidémie de covid, guerre en Ukraine, conflit au Moyen-Orient : le projet européen doit s’adapter à des situations de crises qui ne relèvent plus de l’exceptionnel – elles touchent à la structure même de nos sociétés. La France et ses ministres devraient ouvrir ce débat au niveau européen, plutôt que de vouloir jouer les bons élèves d’une doctrine édictée sur un coin de table dans les années 1990. (Mme Christine Arrighi applaudit.)
Sans façon, merci !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).