Discours du 10 décembre 2025
Valérie Bazin-Malgras · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°89
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Madame la ministre de la santé, la loi qui porte votre nom a plafonné la rémunération des médecins intérimaires. Cette mesure a eu pour conséquence la création de contrats de motif 2, devenus la seule solution pour permettre à nos établissements de santé, dont les hôpitaux de proximité, de continuer à fonctionner, puisqu’ils n’ont pas les moyens de retenir les médecins titulaires. L’application du décret encadrant strictement ces contrats devient une sanction, tant pour les médecins qui souhaitent rester dans leurs établissements que pour les territoires, notamment ruraux, qui voient se restreindre encore davantage l’accès aux soins. Partout en France, des hôpitaux essentiels à la continuité du service public se retrouvent, faute de praticiens, à la veille de fermer des services, partiellement ou totalement. Les témoignages et les alertes se multiplient.Votre réforme produit exactement l’inverse de ce qu’elle promet : elle ne sécurise pas l’hôpital public, elle le fragilise, là où il est déjà en danger. Dans mon département de l’Aube, les hôpitaux Champagne Sud sont au bord de la rupture. Ils peinent à garder leurs médecins. Certains sont déjà partis et d’autres s’apprêtent à quitter leur poste à cause de votre loi.Comment pouvez-vous justifier que votre loi contribue à mettre en péril des établissements qui sont souvent le dernier rempart sanitaire de nos habitants ? L’urgence est de lever au niveau réglementaire les deux principaux points de blocage, celui qui limite à six ans la durée des contrats de motif 2 et celui qui impose un délai minimal d’inscription à l’ordre de cinq ans. Quand comptez-vous le faire ? (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
J’aurais aimé que Mme Rist soit présente pour parler de cette loi délétère pour tout le système de santé français. J’aurai plaisir à vous inviter avec elle pour assister à la fermeture de nos hôpitaux de proximité. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
La stratégie de défense nationale que nous examinons engage profondément notre pays, à un moment où plus de 200 000 militaires d’active et près de 47 000 réservistes opérationnels constituent le premier outil de souveraineté de la nation. Pourtant, ce socle humain est soumis à une pression opérationnelle croissante, avec un spectre d’engagements toujours plus large allant des opérations extérieures à la cyberdéfense en passant par la posture permanente de sécurité. Cela montre que la question des moyens humains est au cœur de notre capacité à assurer durablement la sécurité du pays.Il apparaît dès lors essentiel d’examiner avec précision la manière dont la montée en puissance humaine peut être accompagnée, car elle ne peut être envisagée sans une réflexion approfondie sur les capacités techniques et opérationnelles nécessaires. Plusieurs points exigent un éclairage précis. Cela commence par le cycle de formation initiale et continue qui doit pouvoir absorber des flux plus importants sans renoncer à l’exigence. Les écoles interarmées, les centres spécialisés et les infrastructures d’entraînement devront être renforcés afin que les simulateurs, les plateformes d’instruction, les filières techniques et l’encadrement restent à la hauteur de besoins croissants.À cela s’ajoute la question de la disponibilité opérationnelle, alors que l’usure des effectifs augmente sous l’effet de taux d’activités élevés et de contrats opérationnels particulièrement exigeants. Ces éléments imposent de clarifier la manière dont seront ajustés les temps de préparation et de récupération, ainsi que les marges de manœuvre concernant les effectifs, pour prévenir toute saturation des unités.Dans le même esprit, certaines filières critiques connaissent des tensions structurelles, qu’il s’agisse de la cyberdéfense, du renseignement, des systèmes aériens télépilotés, de la maintenance aéronautique ou encore des services médicaux. Il devient indispensable de savoir quels leviers seront mobilisés pour attirer, qualifier et retenir ces compétences essentielles aux opérations modernes.Enfin, la réserve militaire doit constituer un outil d’appui et de résilience. Cet objectif appelle également un éclaircissement puisqu’il exige des parcours lisibles, des temps d’entraînement garantis et une articulation fluide avec les forces d’active. Tout cela suppose des moyens humains et budgétaires précisément identifiés.C’est pourquoi, monsieur le premier ministre, plusieurs clarifications demeurent nécessaires. Quelles sont les cibles exactes d’effectifs d’active pour 2030 et 2035 ? Jusqu’où souhaitez-vous porter la réserve opérationnelle, en volume comme en disponibilité ? Comment seront articulés les nouveaux dispositifs, notamment les formes de service ou d’engagement volontaires, avec le besoin réel des forces ? Quelles mesures concrètes garantiront l’attractivité, la fidélisation et la qualité de vie du personnel militaire et civil ?Sans réponses claires, l’ambition affichée resterait théorique, d’autant qu’au congrès des maires de novembre dernier, le chef d’état-major des armées a rappelé que, dans un conflit de haute intensité, la nation pourrait être confrontée à des pertes humaines.
Cela invite à s’interroger sur la manière dont le gouvernement entend expliquer aux Français la nature des menaces qui pèsent sur eux, préparer – sans alarmisme mais sans déni – la société à la résilience et articuler les efforts militaire, industriel et civique dans une stratégie cohérente.Les femmes et les hommes qui portent l’uniforme s’engagent chaque jour au service de la nation, dans la discrétion et avec une totale abnégation, ce qui implique une stratégie humaine claire, assumée et durable car la représentation nationale ne peut se contenter d’intentions. Elle doit disposer d’une vision complète des effectifs ainsi que de la formation, des conditions d’engagement et des perspectives offertes à celles et ceux qui se dévouent pour la France. En effet, l’avenir de notre défense tient non aux seuls équipements mais à la fierté, au courage et à l’engagement sans faille des hommes et des femmes qui servent le pays. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR. – M. Vincent Descoeur applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).