Discours du 9 octobre 2024
Valérie Hayer · Présentation du programme d'activités de la présidence hongroise (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur Orbán, ça doit vous changer d'être ici. Vous n'avez pas l'habitude d'être face à un Parlement qui vous demande des comptes. C'est bien ce qu'on a prévu de faire ce matin: vous demander des comptes. Moi: je vais vous demander des comptes sur nos valeurs, sur notre argent et sur notre géopolitique. Je commence avec une question, Monsieur Orbán: qui êtes-vous aujourd'hui? Où est le combattant de la liberté qui commémorait Imre Nagy? Vous clamez «Vive la liberté!» et vous faites adopter des lois qui réduisent le droit de manifester. Vous tourmentez des femmes qui veulent avorter, en les forçant à écouter le cœur des fœtus. Vous clamez «Vive la famille!» et vous pourchassez toutes les familles qui ne correspondent pas à votre vision étriquée du monde. Vous clamez «Vive la famille!» encore.
Vous pouvez mettre au pas des juges, en leur imposant une retraite forcée, mais ce n'est pas cela qui fera renoncer vos compatriotes à une justice indépendante. Vous pouvez espionner des journalistes avec Pegasus et placer vos fidèles à la tête des grands médias, mais ce n'est pas cela qui fera renoncer les Hongrois à la liberté d'expression. Vous pouvez harceler vos opposants, vous pouvez pourchasser Anna Donáth, mais quelles que soient vos fausses accusations, elle continuera de se battre avec toute l'opposition. Oui, Monsieur le Premier Ministre, nous sommes des libéraux et nous sommes fiers de l'être, parce que la liberté, c'est le fondement de notre Europe et pour vous, c'est la corruption.
Monsieur Orbán, quelle est la base de votre régime? Je vais vous le dire: c'est une constellation d'arnaques, qui coûtent une fortune aux contribuables hongrois et européens. Pour qui? Pour votre gendre, qui s'est enrichi grâce à des marchés publics bidons pour éclairer Budapest, ou encore pour votre ami d'enfance, plombier devenu d'un coup magnat des affaires. Je suis désolée, mais moi, la Hongrie, c'est quand même le seul endroit que je connaisse où un plombier chauffagiste devient milliardaire du jour au lendemain. Comme si cela n'était pas suffisant, vous lui avez en plus filé 2 millions d'euros de fonds européens pour faire circuler un petit train touristique dans votre village d'enfance. Un train qu'évidemment, personne n'emprunte. On avait Disneyland Orlando, on a Disneyland Paris, chers collègues, je suis heureuse de vous annoncer qu'on a désormais Disneyland Fidesz.
Je me tourne également vers vos alliés européens. Monsieur Bardella, vous et votre prétendu groupe des Patriotes, chaque jour, vous répétez à l'envi que l'Europe gaspillerait l'argent des Européens, mais vous avez dans vos rangs un Premier ministre, un dirigeant qui dilapide tous les jours l'argent des Français, qui dilapide l'argent des Néerlandais, qui dilapide l'argent des Italiens et des Autrichiens. Comment osez-vous dire que vous êtes patriotes et crédibles? Vous n'êtes ni l'un ni l'autre.
Monsieur Orbán, la Hongrie vient de battre un record de départs du pays. C'est une fuite de cerveaux sans précédent. Vers où partent les Hongrois? Je vous le donne en mille: ils partent vers l'Europe de l'Ouest, cette Europe que vous décriez tant. Et pourquoi ils partent? Ils partent à cause du pouvoir arbitraire, à cause de l'inflation, à cause de la corruption. Vous menacez d'envoyer des bus de migrants vers Bruxelles. La réalité, Monsieur Orbán, c'est que ces bus partent déjà, mais ce sont des Hongrois qui sont dedans.
Alors, c'est tout ce que vous avez à proposer comme vision géopolitique, Monsieur Orbán? Rappelons-nous, à partir du moment où vous avez pris la présidence du Conseil, vous êtes allé courber l'échine devant Poutine et devant Xi Jinping. Vous bloquez les milliards d'aides à l'Ukraine, vous facilitez les visas aux citoyens russes, vous faites patrouiller des policiers chinois dans vos propres rues. Monsieur le Premier Ministre, dans quelle direction regardez-vous, dites-le-nous aujourd'hui, regardez-vous vers Bruxelles ou vers Moscou, vers Bruxelles ou vers Pékin?
Madame la Présidente, combien de temps allons-nous encore tolérer le chantage de Viktor Orbán? Faudra-t-il encore attendre un nouveau piétinement de nos valeurs? Il est temps de suspendre le droit de vote de la Hongrie au Conseil. Monsieur le Premier Ministre, la seule chose que vous ne rejetez pas de l'Europe, ce sont ses chèques. La vérité, c'est que vous n'osez pas appeler à quitter l'Union, parce que vous dépendez de l'Europe, mais aussi et surtout, parce que vous savez que les Hongrois ne vous suivraient pas.
Et c'est à eux, aux Hongrois, que je veux m'adresser pour conclure. À ceux qui nous écoutent depuis la Hongrie: votre voix en Europe est flouée, mais nous vous entendons, et face à chaque tentative de restreindre vos libertés, vous pourrez compter sur nous pour vous soutenir. Parce que nos valeurs communes, elles, ne sont pas négociables, elles sont à prendre ou à laisser. Monsieur Orbán, en 2004, les Hongrois ont massivement dit «oui» à ces valeurs. Alors, nous voulons garder les Hongrois parmi nous. Mais vous, personne ne vous retiendra.
Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.