Discours du 13 novembre 2024
Valérie Hayer · Relations entre l'Union et les États-Unis à la lumière du résultat des élections présidentielles américaines (débat)
Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, dans la nuit du 5 novembre, le peuple américain a tenu entre ses mains le sort des États-Unis. Mais au même moment, c'est aussi une part de notre destinée, à nous Européens, qui était en jeu. Et clairement, cela n'est plus possible. À l'heure où la ligne politique de Washington devient celle de Mar-a-Lago, de Fox News et d'Elon Musk, c'est à nous de défendre l'intérêt européen, de sortir de l'attentisme. Il y va de notre souveraineté sur la défense, de notre compétitivité économique et de nos intérêts commerciaux.,
D'abord, l'Europe doit pouvoir défendre l'Europe. Une fois Donald Trump président, c'est le montant du soutien américain à l'Ukraine qui vacillera. Un soutien dont les Ukrainiens ont absolument besoin. Or, c'est à nos portes, bien à nos portes, que Poutine mène sa guerre. Alors oui, redoublons d'efforts, il y va de notre propre sécurité. Mais notre sécurité, encore faut-il s'en donner les moyens. Parce que nos budgets nationaux sont encore trop faibles. Notre marché de la défense est segmenté comme aucun autre au monde et nos industries pas assez soutenues. 17 types de chars européens contre un seul aux États-Unis. Nous importons 80 % des armements que nous achetons. Nous investissons, chers collègues, trois fois moins que les États-Unis dans la défense, à 27. Alors, le bouclier de l'OTAN restera évidemment un pilier stratégique de notre défense. Mais notre sécurité repose avant tout sur nos épaules, et le compte n'y est pas.
Il n'y est pas non plus sur la compétitivité. La direction que nous avons prise, elle est la bonne. Encore faut-il accélérer, encore faut-il oser, comme le propose le rapport de Mario Draghi, le dernier signal d'alarme pour qu'enfin l'Europe se réveille. Oui, nous devons adopter une véritable stratégie industrielle. Nous devons permettre à nos jeunes entreprises de rester chez nous, sécuriser nos matières premières critiques, attirer chez nous les industries de pointe et même mieux, les faire naître chez nous, sur notre sol, sur le quantique, les technologies vertes ou encore l'intelligence artificielle. Face à des mesures comme l'IRA, nous avons pris un retard majeur et je m'adresse ici à la Commission: il y a urgence et nous comptons sur vos successeurs, Monsieur Borrell.
Chers collègues, l'intérêt européen réside enfin dans des relations commerciales justes pour nos PME, pour nos agriculteurs, nos emplois. Nous devons évidemment défendre le multilatéralisme, mais nous devons aussi, là encore, défendre nos intérêts européens. Donald Trump a donné le ton depuis des mois. Face à un futur président d'une agressivité commerciale inédite, il est temps de muscler notre politique commerciale. Il est temps de mettre en œuvre pleinement toutes les mesures que nous venons d'adopter au précédent mandat contre les restrictions injustes, contre les marchés publics fermés, contre les subventions immodérées accordées par nos concurrents.
Nous sommes 450 millions, le troisième bloc au monde, le plus riche au monde. Alors, je vous le dis, n'ayons pas peur du rapport de force, assumons que nous sommes bel et bien une puissance commerciale et agissons en conséquence. Chers collègues, nous le savons, sur tous ces sujets, le véritable intérêt de l'Europe, c'est d'agir unis pour agir plus forts. Alors rejoignons enfin l'arène des puissances souveraines.
Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.