Discours du 11 mars 2025
Valérie Hayer · Réunions du Conseil européen et sécurité européenne (discussion commune)
Madame la Présidente, Monsieur le Président, Madame la Présidente de la Commission, chers collègues, Monsieur le Ministre, qui aurait pu penser, il y a quelques semaines, que les États-Unis soutiendraient à l’ONU, avec la Chine et la Corée du Nord, une résolution russe contre l’Ukraine? Qui aurait pu penser que son président dirait un jour qu’il récupérerait le Groenland, territoire européen, «d’une manière ou d’une autre»? Ce qui est en train de se passer outre-Atlantique, ce n’est pas un simple désengagement; c’est un renversement complet d’alliances. Je ne pensais pas dire cela un jour, mais aujourd’hui les faits sont là: dans un monde où, depuis vingt ans, la Russie et la Chine augmentent massivement leurs dépenses de défense, la Maison-Blanche, sous Donald Trump, n’est plus notre alliée. Notre monde est de plus en plus hostile, et nous devons en tirer deux conséquences.
La première, c’est que nous devons savoir nous défendre tout seuls. Alors, Madame la Présidente, achetons européen, investissons européen et produisons européen. Oui, cent fois oui, à ces 800 milliards d’euros, à sortir la défense de nos règles budgétaires et même à un emprunt commun. Oui à une préférence européenne, faute de quoi notre argent ira encore alimenter d’autres économies que la nôtre. Sans préférence européenne, pas d’autonomie stratégique et donc pas de souveraineté.
Toutefois, il faut aussi dire les choses: on aura besoin de plus. Il faudra donc travailler très vite, Madame la Présidente, aux obligations européennes proposés par le Parlement et par un certain nombre de gouvernements en Europe. Il faudra aussi travailler aux modalités de mobilisation de l’épargne des Européens. L’enjeu stratégique, évidemment, c’est l’argent, mais pas uniquement. La coordination sera clé. Il faut que nos armées et notre million de soldats européens soient capables de travailler ensemble. Il faut aussi que nous avancions sur le bénéfice européen de la dissuasion nucléaire, sans bien sûr remettre en cause la décision souveraine nationale de l’activer. C’est à ces seules conditions que nous préserverons la paix pour nos concitoyens.
Il est également urgent, pour assurer notre sécurité, de continuer à soutenir l’Ukraine, parce que la sécurité des Ukrainiens, c’est aussi notre sécurité. La décision de Donald Trump d’arrêter les livraisons d’armements et le partage de renseignements ne nous rappelle qu’une chose: nous devons reprendre notre destin en main, continuer à essayer de convaincre l’administration américaine qu’elle fait une erreur, évidemment, mais, pendant ce temps, accélérer notre aide à l’Ukraine et être force de proposition pour offrir des garanties de sécurité à l’Ukraine – et à nous-mêmes. Cela passe notamment par l’envoi de troupes européennes pour le maintien de la paix, une fois un accord obtenu. Nous devons dissuader une fois pour toutes la menace russe.
La deuxième conséquence à tirer, c’est que notre modèle démocratique est attaqué: à l’est par les ingérences russes et à l’ouest par le camp Trump et les alliés de cette internationale réactionnaire, ici même dans cet hémicycle. Monsieur Procaccini, quand vous prétendez que les États-Unis ont donné davantage d’argent et de soutien à l’Ukraine que l’Europe, c’est faux. Vous le savez parfaitement et vous reprenez en ce sens à la fois la propagande de Trump et la propagande du Kremlin. Nous sommes aux côtés de l’Ukraine, nous avons été aux côtés de l’Ukraine depuis le début et nous continuerons de l’être jusqu’à l’obtention de la paix – la paix n’étant en aucun cas la capitulation.
Madame la Présidente, le bouclier démocratique doit être une clé de voûte de ce mandat, et nous attendons votre proposition avec impatience autant qu’exigence; mais commençons déjà par appliquer les lois qui existent déjà. Où en est l’enquête sur le DSA? Le principe fondamental du droit, c’est que, quand on viole les règles, il y a sanction, et c’est votre responsabilité d’en assurer le respect.
Chers collègues, l’Europe est une puissance stabilisatrice. Notre objectif, c’est la paix, l’ordre international et la promotion de la démocratie. Nous avons les atouts pour être une puissance politique et militaire. Il est temps de s’assumer comme telle.
Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.