Discours du 6 mai 2025
Valérie Hayer · Une réponse unifiée de l'Union aux mesures commerciales injustifiées des États-Unis et les débouchés commerciaux à l'échelle mondiale pour l'Union (débat)
Monsieur le Président, Monsieur le Vice-Président, Monsieur le Ministre, chers collègues, «le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres»: cette citation d'Antonio Gramsci est la parfaite métaphore du défi posé par la guerre commerciale de Donald Trump.
Cette guerre commerciale interroge l'identité même de l'Union européenne. Elle est, au-delà du péril immense qu'elle représente pour nos économies, un défi politique, une confrontation entre deux modèles, le modèle promu par cette nouvelle administration américaine – protectionnisme, brutalité, populisme – et notre modèle européen – liberté, force du droit, démocratie. Le «Make America great again» est une attaque frontale contre le multilatéralisme. C'est une attaque frontale contre une Europe dans laquelle 27 pays jouent le jeu de la coopération. C'est une attaque frontale contre ce que nous avons construit ensemble au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Oui, chers collègues, le commerce mondial régulé est un outil de paix durable, le plus puissant que nous ayons jamais connu. Pourtant, Donald Trump a décidé de lancer une guerre commerciale à la terre entière; à la terre entière, hormis la Russie, la Biélorussie et la Corée du Nord.
Alors, je voudrais dire trois choses au président américain: premièrement, la guerre commerciale ne profite à personne et en aucun cas aux consommateurs américains qui sont les premiers à en payer le prix. Deuxièmement, l'Europe sera toujours un partenaire commercial juste et fiable, dans le respect des règles internationales. Troisièmement, s'il faut jouer le rapport de force, alors nous y sommes prêts.
Vous l'avez rappelé, Monsieur le Vice-Président, nous avons tous les outils de défense commerciale pour protéger nos concitoyens et nos entreprises. C'est notre position. Sans jamais fermer la porte à la négociation, la Commission européenne doit être prête à se saisir de ces instruments.
Chers collègues, la bataille culturelle imposée par Donald Trump oblige chacun à se positionner, y compris dans cet hémicycle. Certains d'entre vous étaient à Washington le soir même de son élection. Beaucoup ont appelé à un trumpisme, à la française ou à l'européenne. Certains, d'ailleurs, sont bien embarrassés aujourd'hui, comme c'est le cas des orateurs qui m'ont précédée. Ce sont les mêmes qui rêvent d'un repli sur les frontières nationales et d'un retour au protectionnisme économique. Je veux vous dire: ouvrez les yeux, cela ne marche pas! Voyez par vous-mêmes que cela ne peut pas marcher.
Ce que nous défendons ici, c'est un commerce mondial régulé. Ce sont des accords de commerce conclus sur des bases de réciprocité qui ne mettent pas en péril nos agriculteurs ou nos industries, des accords de commerce qui permettent au contraire de diversifier nos approvisionnements en matières premières ou nos débouchés économiques. C'est la garantie de notre prospérité pour les années qui viennent.
Dans cette période, chers collègues, l'Europe est tout sauf faible. Nous avons un marché de 450 millions d'Européens, attractif pour de nombreux pays qui veulent renforcer leurs relations avec nous. Nous avons un cadre législatif et réglementaire qui offre une visibilité rassurante pour de nombreux investisseurs.
Alors ne laissons pas les monstres surgir du clair-obscur. Ne laissons pas l'Europe dévier de son chemin. Construisons les bases d'un monde nouveau où l'Union européenne répond au défi de sa souveraineté.
Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.