Discours du 28 avril 2026
Valérie Létard · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°213
Tout d’abord, je remercie mon groupe d’avoir inscrit à l’ordre du jour ce débat essentiel.La France traverse une crise du logement d’une ampleur inédite. Derrière les chiffres, des Français n’arrivent plus à se loger : le logement est en effet le principal poids sur le pouvoir d’achat de huit sur dix d’entre eux. Faute de pouvoir se loger, des étudiants renoncent à leurs études, des salariés à un emploi. Dans le même temps, 2,8 millions de demandes de logements sociaux sont en attente, les attributions ralentissent et la mobilité résidentielle recule. Enfin, accéder à la propriété devient de plus en plus difficile pour de nombreuses familles.Cette crise est à la fois sociale, économique et territoriale. Elle affecte l’ensemble de la chaîne du logement : de la production à l’accès, du parc social au parc privé, du neuf à l’existant. Elle fragilise aussi toute une filière, de la construction à la rénovation, avec des conséquences visibles sur l’emploi et l’activité.Face à cette situation, j’ai toujours soutenu que nous devions avoir une vision globale. Il n’y a pas de solution magique et il faut agir sur tous les leviers : relancer l’accession à la propriété, redonner de la lisibilité à l’investissement locatif, soutenir le logement social, accélérer la rénovation énergétique tout en mobilisant mieux le parc existant.Dans cette perspective, je me réjouis de voir que certaines des mesures de ma proposition de loi pour la mobilisation de l’habitat existant en réponse à la crise du logement ont été reprises dans les annonces du gouvernement. Améliorer le statut du bailleur privé en repositionnant les bons curseurs dans l’ancien conditionne la réussite du dispositif qui, au regard des critères définis dans le cadre du 49.3, est aujourd’hui insuffisamment opérant, voire très problématique. C’est un levier indispensable pour relancer l’investissement partout sur le territoire, tout en préservant le foncier. Cela permettra en outre de flécher de nouveaux capitaux vers la rénovation énergétique.Le logement a besoin d’un cadre fiscal stable, assez attractif pour permettre une production et un accompagnement à même de diminuer la tension sur l’offre et, par là, sur le coût de la vie puisque le logement représente l’un des principaux postes de dépense : il mobilise en moyenne 28 % des revenus des ménages.Enfin, l’avenir de la rénovation urbaine me tient particulièrement à cœur et je sais, monsieur le ministre de la ville et du logement, qu’il en est de même pour vous. Je salue l’annonce – que vous avez faite à Marseille, en présence du premier ministre – d’un nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU), élargi aux villes moyennes et aux territoires en déprise, pour la période 2030-2040. Il répond à une attente forte des élus locaux, des acteurs du logement et de l’aménagement et constitue une nécessité pour la cohésion de nos territoires et des populations qui les habitent. C’était l’objectif de la mission que j’avais confiée il y a quelques mois à Philippe Van de Maele dont je salue le travail. Ses propositions seront une base de données précieuse pour concevoir l’avenir du NPNRU. Appuyons-nous sur elles.Il est indispensable de sécuriser ce dispositif dans une loi de programmation avant la prochaine élection présidentielle. À ce titre, pouvez-vous, monsieur le ministre, nous donner des précisions sur le calendrier parlementaire prévisionnel ? Assurer l’examen du texte dans les deux chambres est une condition essentielle pour garantir la continuité de l’action publique, sécuriser les financements et permettre aux collectivités et à l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) de s’engager dans des projets de long terme. Je serai très attentive aux modalités de financement, aux critères de sélection des quartiers retenus et à la prise en compte de besoins spécifiques, notamment dans les centres anciens des villes moyennes ou dans les quartiers d’habitat minier et ouvrier.Pour terminer, il faudra porter un regard attentif sur les copropriétés au sortir du NPNRU et, plus largement, sur l’ensemble des copropriétés dégradées qui bénéficiaient jusqu’à présent du plan Initiative copropriétés (PIC). Lancé en 2018 par l’Agence nationale de l’habitat (Anah), il a permis la rénovation de 200 000 logements mais s’achèvera en 2028 : il nous faut déjà penser la suite de cet accompagnement et des moyens associés. Nous comptons sur vous, monsieur le ministre !La politique du logement doit avant tout permettre à chacun d’accéder à un logement digne, adapté à ses besoins et à son parcours de vie. Je souhaite que nous puissions avancer ensemble, avec exigence et pragmatisme, pour garantir un logement décent à chaque famille.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).