Discours du 8 décembre 2025
Véronique Besse · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°85
Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.
Le texte que nous examinons touche à la profonde question de la place que nous accordons à ceux qui font tenir l’État au plus près du réel. En effet, l’élu local n’est pas une figure périphérique de notre organisation institutionnelle ; il en est le point d’ancrage. Avant d’être une architecture juridique, la République est une présence, un visage – celui du maire, du conseiller municipal ou d’un autre élu local.Je parle avec l’expérience de ceux qui savent ce que signifie exercer un mandat local car j’ai été maire des Herbiers, en Vendée. J’y ai appris que gouverner une commune n’est pas un exercice abstrait mais un engagement total, continu et souvent solitaire. L’élu local ne se réfugie pas derrière une administration distante ; il est accessible, visible. Il est à portée de voix, à portée d’interpellation, parfois à portée de colère. Il assume, directement, humainement, les conséquences des décisions prises. Quand un service public disparaît, ce n’est pas un décret que l’on interpelle, quand l’insécurité progresse, ce n’est pas une circulaire que l’on convoque, quand la détresse sociale s’installe, ce n’est pas un organigramme que l’on accuse, c’est vers la mairie qu’on se tourne.Le maire est ainsi devenu au fil du temps le dernier point de contact entre la République et les citoyens, celui qui explique, amortit, rassure et tente de maintenir de la cohésion là où la société se fragmente. Jamais l’élu local n’a été autant sollicité et, en même temps, aussi peu considéré dans l’organisation réelle du pouvoir. Depuis trop longtemps, notre pays glisse vers un modèle paradoxal : on exige des élus locaux qu’ils agissent toujours davantage tout en réduisant progressivement leur capacité à décider. Nous avons décentralisé les charges, mais recentralisé les choix. Nous avons multiplié les responsabilités, mais resserré les marges de manœuvre.Cette évolution n’est pas neutre. Elle a des conséquences politiques, institutionnelles et démocratiques. En effet, lorsque l’autorité locale est fragilisée, toute la chaîne de confiance se fissure. Décider au plus près, c’est décider au plus juste, non parce que l’élu local serait infaillible mais parce qu’il est informé par le réel, contraint par le quotidien et comptable de ses décisions devant ceux qu’il côtoie chaque jour. Qui connaît mieux les tensions d’un territoire et perçoit mieux les fragilités sociales, économiques et humaines que celui qui les affronte ? Qui assume plus directement les choix difficiles que celui qui devra les expliquer, seul, sans filet ?Faire confiance aux élus locaux ne revient pas à affaiblir l’État mais à lui donner de la profondeur. Cela transforme une autorité distante en une autorité reconnue. Mais la confiance ne peut être partielle ou conditionnelle. Elle suppose un cadre clair, un statut lisible, des droits affirmés et des garanties effectives.Or, aujourd’hui, trop d’élus locaux exercent leur mandat dans une forme de déséquilibre permanent : responsables sans être pleinement autonomes, exposés sans être suffisamment protégés, ils subissent une inflation normative qu’ils n’ont pas les moyens d’infléchir. Cette situation nourrit une fatigue profonde, silencieuse. Elle décourage les vocations, fragilise la transmission démocratique et éloigne peu à peu les citoyens de l’engagement public.Quand un maire renonce, ce n’est jamais anodin. Ce n’est pas un mandat qui s’interrompt, mais un lien qui se rompt.Ce texte prend acte de cette réalité. Il reconnaît que l’élu local n’est pas un simple agent d’exécution, mais un responsable politique à part entière, qui participe pleinement à l’équilibre de nos institutions. Il rappelle que l’engagement local doit être compatible avec une vie professionnelle, avec une vie familiale, avec une existence humaine.Les élus locaux ne demandent ni indulgence ni privilège. Ils demandent de la considération. Ils demandent de la cohérence. Ils demandent plus de liberté. Ils demandent que la responsabilité qu’on leur impose soit enfin accompagnée des moyens de l’exercer dignement. C’est à cette aune qu’il nous appartient d’examiner ce texte avec lucidité, exigence et hauteur de vue.Au-delà de ce texte, il nous revient de redonner le goût de l’engagement, d’offrir à ceux qui hésitent encore la certitude qu’une commune, un département, un pays peuvent se relever grâce à la force de volontaires. Si nous savons redonner confiance aux élus locaux, alors nous redonnerons aussi à nos concitoyens l’espérance d’une nation qui écoute, qui protège et qui rassemble. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RN et UDR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).