Discours du 11 février 2026
Véronique Besse · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°145
Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.
« Cette ordure revient à la charge […] sa place est en prison. » Ces propos ne sont pas de moi mais de Rima Hassan, députée française au Parlement européen qui, la semaine dernière, a encore franchi un cap en prenant personnellement pour cible notre collègue sénateur Laurent Duplomb pour son travail parlementaire. (« Honteux ! » sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Dénonçons tous fermement et avec gravité les propos honteux – et je dirai même dangereux – d’une élue qui met une cible dans le dos d’un élu de la République. (Mme Sandra Marsaud applaudit.)Je dénonce l’hypocrisie et la lâcheté de ceux qui ont laissé la violence politique s’installer dans nos débats : les uns, obsédés par la conquête de l’audience sur les réseaux sociaux, rivalisant de formules chocs et de contre-vérités toujours plus grossières ; les autres, prêts à tout pour satisfaire une base militante radicalisée et déconnectée des réalités du pays. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN. – Mmes Sandra Marsaud et Frédérique Meunier applaudissent également.)
Tous ont un point commun : ils ont oublié le sort de nos agriculteurs. Pourtant, depuis trois ans, ces derniers descendent régulièrement dans la rue. Le mois dernier encore, ils sont venus jusque devant nos portes pour crier tout simplement qu’ils ne voulaient pas mourir.Où en sommes-nous ? Quel message voulons-nous adresser aux agriculteurs ? Alors que la France était la deuxième puissance agricole mondiale, on leur impose le Mercosur mais aussi des importations de viande traitée aux hormones, à la traçabilité presque inexistante, et ils vont encore devoir subir la concurrence de produits traités avec des dizaines de pesticides et de substances toxiques interdits en France et en Europe.Je pense aussi à nos éleveurs qui ont vu leur cheptel abattu et qu’aucune indemnisation ne saurait réellement consoler.Je pense enfin à nos aviculteurs – par exemple chez moi, en Vendée –, victimes, parfois pour la troisième fois, de la grippe aviaire.Nos agriculteurs n’en peuvent plus.En tout cas, ils le constatent aujourd’hui : la Commission européenne n’est pas la seule à se désintéresser de leurs difficultés. Car, lorsqu’on entend une partie de l’Assemblée, on comprend que la source du malheur de nos paysans est aussi en partie franco-française.Chers collègues écologistes, c’est vous que je cite à présent : vous n’en avez « rien à péter » de la rentabilité des agriculteurs.
Nous l’avions deviné mais comprenez-vous qu’avec ce type de propos, vous insultez nos agriculteurs ? (« Une honte ! » sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Ces derniers se sentent également insultés quand ils apprennent qu’une de vos anciennes militantes, chantre de la décroissance agricole, prend ses fonctions de directrice générale déléguée de l’Office français de la biodiversité.Alors s’il vous plaît, ayez un peu de mesure dans vos propos et revenons à la raison.
Depuis plusieurs mois, le débat autour de la loi Duplomb a été dramatisé à l’extrême, volontairement chargé d’angoisse et d’amalgames au point d’empêcher tout échange serein sur le fond. En instrumentalisant la peur du cancer, certains ont substitué l’émotion à la raison, l’indignation aux faits et la caricature au débat démocratique. Cette stratégie d’emballement, nourrie de slogans anxiogènes et de raccourcis scientifiques, n’a qu’un objectif : disqualifier toute discussion avant même qu’elle ait lieu.Or la santé publique mérite mieux que des postures et nos agriculteurs mieux que des procès d’intention. Refuser la peur comme méthode, ce n’est pas nier les enjeux sanitaires mais au contraire défendre un débat fondé sur les faits, la proportionnalité des risques et la responsabilité politique.Au fond, je ne pense pas que les 2,1 millions de Français qui ont signé votre pétition croient à votre démagogie ; nombre d’entre eux ont voulu défendre une agriculture de proximité et de qualité, comme celle que savent produire nos agriculteurs.
Ils sont réellement inquiets de ce que devient la terre de France.Or, parce que je crois à l’honnêteté intellectuelle, je le dis clairement : oui, il y a eu des dérives, celles d’un productivisme parfois irresponsable, trop souvent manipulé par de grands intérêts industriels…
…au détriment du vivant, des paysans et de la biodiversité.
Pendant que vous vous livrez à de l’obstruction parlementaire et que vous mentez aux Français au nom d’un prétendu combat pour l’agriculture, pendant que nous débattons ici, des agriculteurs arrachent leurs cultures.Un choix de société fondamental est en jeu : voulons-nous encore d’une France agricole, rurale, vivante, innovante et respectée…
…ou acceptons-nous sans rien dire le lent effacement de ces terres, de ces métiers, de ces femmes et de ces hommes qui façonnent nos paysages et nourrissent encore notre quotidien ?Nous ne répondrons pas à cette question par des circulaires ni par des injonctions contradictoires ; il faut une vision, une véritable ambition nationale, pensée avec – et pour – les agriculteurs, au nom de l’intérêt général, en cessant d’opposer écologie et agriculture, ville et campagne, exigences et réalités.
Le monde agricole n’attend pas de compassion mais de la considération. Il est temps d’assumer un choix clair, cohérent, courageux. Il est temps de dire que la France agricole est une chance, une force, une priorité – et de le prouver. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – M. Pierre Cordier applaudit également.)
Madame la ministre, on parle beaucoup de décentralisation, mais j’en vois deux versions différentes : une décentralisation virtuelle et une décentralisation réelle. La décentralisation virtuelle, que l’on conçoit depuis Paris, affirme faire confiance aux élus locaux tout en leur retirant progressivement la liberté d’agir. Elle multiplie les règles mais n’en assume jamais vraiment les conséquences concrètes. Elle multiplie les normes tandis que la décentralisation réelle multiplie les responsabilités.Vous l’avez sans doute évoqué, mais le gouvernement envisage-t-il de rouvrir le débat sur le cumul des débats locaux avec un mandat national, afin que l’expérience et le bon sens des élus de terrain reviennent au sein du Parlement ?Vous avez évoqué précédemment ce qui faisait l’objet de ma seconde question : le projet de conseiller territorial.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).