Discours du 20 juillet 2026
Vincent Descoeur · Première session extraordinaire 2026 · séance n°22
Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.
Il y aurait beaucoup à dire sur les arguments avancés pour adopter cette motion de rejet de La France insoumise, mais je me contenterai de souligner que l’adopter aurait pour effet d’empêcher l’examen de ce texte d’urgence (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP)…
…attendu par nos agriculteurs, qu’ils soient cultivateurs ou éleveurs. Je vous rappelle, puisque vous avez la mémoire courte, qu’ils exprimaient il y a quelques mois leur exaspération et leur colère.Comment renvoyer aux calendes grecques le débat sur la ressource en eau et son stockage, alors qu’ils sont confrontés depuis plusieurs semaines à une canicule et à une sécheresse sans précédent ?
Comment imaginer qu’on puisse balayer d’un revers de la main la question de la lutte contre la concurrence déloyale ou celle, tout aussi stratégique, de la souveraineté agricole et alimentaire ? (Applaudissements sur les bancs du groupe DR ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR et HOR.) Cela n’a pas de sens. Cela n’est ni raisonnable ni responsable.Notre groupe s’opposera à cette motion de rejet…
…qui va à l’encontre des intérêts de nos agriculteurs. Nous préférons les soutenir et nous comptons les libérer des contraintes excessives qui les entravent. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe DR et applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
Nous voici donc réunis pour une nouvelle lecture du projet de loi d’urgence agricole adopté par notre assemblée en première lecture, un texte attendu par les agriculteurs qui exprimaient voici quelques mois leur exaspération et leur colère, en dénonçant les contraintes qui les empêchent de produire, de s’adapter, des contraintes qui mettent à mal notre souveraineté agricole et alimentaire.Ne vous y trompez pas, cette colère n’est pas éteinte, elle n’est même pas dissipée, car ses origines sont profondes et nos agriculteurs ont à juste titre le sentiment qu’on exige d’eux toujours plus, ce qui entrave leur capacité à produire et à nous nourrir. Dois-je rappeler ici qu’en vingt ans, la France est passée du deuxième au cinquième rang mondial des pays exportateurs de denrées agricoles, et qu’en 2025, pour la première fois, notre balance agricole est devenue déficitaire ?Depuis l’examen de ce texte en première lecture, le contexte dans lequel vivent nos agriculteurs n’a pas évolué favorablement, tant s’en faut. Il s’est même très sérieusement dégradé, en raison de la canicule et de l’épisode de sécheresse sans précédent qui en découle. Les grandes cultures et les prairies souffrent, la question de la capacité à nourrir et à abreuver les animaux est posée, le risque d’incendie est maximal : autant de constats alarmants qui nous renvoient à notre obligation d’agir sans délai et d’apporter enfin à nos agriculteurs des réponses concrètes.Le texte de la commission mixte paritaire, qui reprend les principales dispositions du projet de loi initial, est le résultat d’un compromis que je qualifierais d’équilibré.S’agissant de la disponibilité de la ressource en eau, enjeu d’une actualité criante, le texte facilite les procédures de stockage et renforce les objectifs de développement des capacités de stockage, en se fixant l’objectif de les doubler d’ici à 2035. Ce sujet ne peut plus être considéré comme tabou et ne devrait pas donner lieu à des caricatures, car il s’agit bien de retenues collinaires, et en aucun cas de mégabassines. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe DR.)
Il s’agit de dispositions de bon sens qui visent à s’assurer que les agriculteurs disposent d’eau en quantité suffisante et au bon moment, dans un contexte de dérèglement climatique marqué par une grande irrégularité des précipitations, qui impose de retenir l’eau lorsqu’elle est abondante pour en disposer lorsque ces précipitations se font plus rares. (Mêmes mouvements.)
Sur la question des périmètres de protection et de captage d’eau potable, le texte réaffirme l’objectif d’accompagner les agriculteurs amenés à modifier leurs pratiques et introduit la notion de compensations financières pour les collectivités appelées à intervenir.En matière de lutte contre la concurrence déloyale, la CMP a rétabli le dispositif permettant au gouvernement de suspendre l’importation des denrées alimentaires ne respectant pas les exigences européennes (Mme Anne-Laure Blin applaudit) et d’imposer des sanctions administratives, comme le proposait le groupe DR.Une autre avancée notable, à laquelle sont attachés de nombreux députés, concerne la question de la lutte contre la prédation par le loup, dont le nombre d’attaques est en forte hausse dans notre pays. Les mesures proposées permettront de mieux protéger les éleveurs et leurs troupeaux, notamment grâce à l’assouplissement des conditions de recours aux tirs de défense ou encore à l’autorisation sous conditions de lunettes thermiques. Ces mesures contribueront à mieux protéger les éleveurs affectés moralement par les attaques répétées et dont les exploitations sont fragilisées économiquement.Deux mots enfin à propos de l’article 2 quater, introduit par le Sénat, qui instaure un dispositif de dérogations exceptionnelles pour deux molécules : des dérogations limitées dans le temps, strictement encadrées et réservées à quatre filières confrontées à une impasse phytosanitaire ; des dérogations subordonnées au strict respect de conditions cumulatives exigeantes et qui, surtout, reposent désormais sur l’expertise scientifique de l’Anses – elle décidera ou non de la dérogation. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe DR.)Nous étions nombreux à souhaiter que l’usage, même exceptionnel, de ces molécules repose sur une expertise scientifique : ce sera désormais le cas. Je me réjouis du travail réalisé par la CMP et notre collègue rapporteur Julien Dive, qui a permis d’aboutir à ce compromis.
Le groupe de la Droite républicaine soutiendra ce texte issu de la commission mixte paritaire, parce qu’il répond aux attentes de nos agriculteurs et de nos éleveurs, parce que produire en France est une nécessité pour retrouver la voie de la souveraineté agricole et agroalimentaire,…
…parce que nous faisons le choix d’une France qui protège ses agriculteurs, parce que nous faisons le choix des agriculteurs et d’une agriculture française souveraine. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur quelques bancs du groupe EPR. – Mme Blandine Brocard applaudit également.)
C’est assez pitoyable !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).