Discours du 9 avril 2026
Vincent Thiébaut · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°198
Mais elles sont illégales !
Un cadre légal !
Je souhaite relever des contradictions dans vos interventions. J’ai 53 ans. (« Oh ! » et sourires sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
J’ai connu les scènes alternatives des années 1980 et 1990, le début des Eurockéennes, les festivals punks, la montée de la fête de la musique. J’ai toujours fait la fête (M. Antoine Léaument applaudit), mais dans un cadre légal. Jamais nous ne sommes allés sur la propriété d’autrui pour faire la fête. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Nous étions encadrés et la sécurité de chacune et de chacun était assurée, souvent par les services de la protection civile. J’en profite pour les saluer pour le remarquable travail qu’ils accomplissent pendant les festivals. (Applaudissements sur de nombreux bancs.)Vous dites que nous voulons privatiser la fête, mais je vous mets face à vos contradictions. Dans les free parties – j’avoue y avoir participé dans les années 1990 –,…
…il y a une économie, mais il s’agit d’une économie parallèle, souterraine, qui échappe à toute régulation. Il est assez surprenant que la gauche souhaite la favoriser. En fait, vous nous montrez que vous êtes de vrais libéraux, qui défendent la liberté totale, sans aucune régulation.
Ainsi, vous soutenez que pour faire la fête, quelqu’un peut aller chez son voisin, s’installer, faire ce qu’il veut, casser (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS), s’amuser, y commettre des délits ; vous prétendez que cela ne dérange personne. Par là, vous nous montrez bien que vous n’êtes pas pour l’État de droit. (Mêmes mouvements.)
Je suis également père, et j’ai envie que mes enfants s’amusent comme je me suis amusé. Je veux qu’ils découvrent une culture alternative, mais je veux qu’ils le fassent dans un cadre sécurisé, encadré.Nous voterons bien sûr contre ces amendements absurdes. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR. – Mme Agnès Pannier-Runacher applaudit.)
On tombe vraiment dans la caricature. En fait, depuis le début, on se trompe de débat : il ne porte pas sur ceux qui aiment plus faire la fête que les autres. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Pour répondre à Mme Rousseau, je précise que je suis plus souvent à faire la fête en Doc Martens…
…qu’en mocassins à glands – mais c’est une autre histoire. Le vrai sujet, c’est celui de la responsabilité. J’ai participé à des raves, notamment à Strasbourg, dans le cadre d’un super festival, l’Ososphère ; elles étaient organisées dans des friches industrielles, avec une superbe ambiance, mais elles étaient sécurisées au nom du principe de responsabilité. Pourquoi la responsabilité est-elle essentielle ? Parce que quand vous pénétrez à plusieurs centaines sur un terrain, qu’il s’agisse d’une friche industrielle ou d’un aéroport, sans l’autorisation de propriétaire, et qu’il y a des blessés parce que le lieu n’a pas été sécurisé, il faut savoir qui est responsable. Voilà le vrai sujet. La question n’est pas d’interdire ou non de faire la fête, mais de la faire dans un cadre où les responsabilités sont établies et où le minimum de sécurité est assuré pour garantir la protection des personnes. Voilà, je le redis, le vrai sujet.
Et je n’évoquerai même pas la drogue ou des violences sexistes, car elles existent aussi dans des lieux où les événements sont tout à fait légaux. J’ai fait plusieurs fois les Eurockéennes, et Dieu sait qu’on y voit aussi des choses… L’important, c’est qu’il y ait un responsable qui garantisse la sécurité et un encadrement suffisant pour que les personnes puissent faire la fête dans un environnement sécurisé et qu’au moindre problème, quelqu’un soit là pour apporter les secours et l’accompagnement nécessaires.
La responsabilité suppose aussi que le lieu soit remis en l’état quand l’événement a eu lieu dans un champ. Aux Eurockéennes, ils nettoient derrière, ils garantissent la propreté… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’orateur.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).