Discours du 24 juin 2026
Vincent Thiébaut · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°282
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Je tiens tout d’abord à féliciter notre collègue Anne-Cécile Violland pour son travail et son engagement sur le sujet de la fast fashion. Chère Anne-Cécile, tu peux être fière aujourd’hui du travail mené ! Nous sommes sur le point d’envoyer un signal fort. Au nom du groupe Horizons & indépendants, je veux t’en remercier !Depuis quelques années, le vêtement est devenu un produit que l’on consomme puis que l’on jette. En France, le nombre de pièces textiles neuves mises sur le marché est passé d’environ 2,3 milliards en 2010 à 3,6 milliards en 2025, ce qui représente près de 10 millions de pièces par jour et environ 42 vêtements neufs par habitant et par an. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. L’industrie textile s’est considérablement transformée avec l’arrivée de nouveaux modèles d’enseignes de mode jetable. Shein et Temu sont probablement les deux acteurs les plus représentatifs de ce phénomène. Ces deux marques renouvellent leurs gammes en continu : à elle seule, Shein met en ligne près de 7 000 nouvelles références par jour et son modèle repose sur l’envoi massif de petits colis en provenance directe de Chine – bonjour le bilan carbone ! Ce système rapporte. En seulement trois ans, le chiffre d’affaires de Shein a progressé de 90 %. Certains ados en sont même accros : « J’adore acheter de nouveaux vêtements et en changer très souvent » témoignait une jeune femme de 21 ans en 2021 dans le magazine L’ADN, tendances & mutations.Ce modèle ne s’adapte pas à la demande ; il l’invente. Il pousse continuellement à acheter et à jeter ce que l’on a à peine porté. Tout y concourt : le renouvellement incessant des collections, des prix cassés avec des jeans qui peuvent coûter 7 euros, une qualité volontairement dégradée avec des produits qui ne sont conçus ni pour durer ni pour résister aux lavages et une publicité agressive sur les réseaux sociaux.Les conséquences de ce phénomène sont lourdes. Elles sont d’abord environnementales, le textile étant l’une des industries les plus polluantes au monde. Gros consommateur de pesticides et d’eau, émetteur de microfibres plastiques, il est également à l’origine d’une montagne de déchets. Près de 5 millions de tonnes de vêtements sont jetés chaque année dans l’Union européenne et 1 % seulement est recyclé.Elles sont aussi sociales et économiques. La production, lointaine, ne respecte aucune norme sociale française pour les employés qui sont bien souvent de jeunes enfants. Par ailleurs, nous avons tous des exemples dans nos circonscriptions de productions françaises qui ont disparu au profit de ces marques. Cette production délocalisée et à bas coût représente une concurrence déloyale pour les acteurs du textile français et européens, qui sont soumis à des normes strictes et assument des coûts de production élevés. Il y va donc aussi de la souveraineté française et européenne. Nous devons encourager le « fabriqué en France » en étant cohérents et clairs. Nous ne pouvons pas accepter des autres ce que nous n’acceptons pas chez nous.C’est précisément l’ambition de ce texte : faire de la France l’un des premiers pays en Europe et au monde à légiférer spécifiquement contre la fast fashion. Concrètement, le texte porte un coup aux trois nerfs de la guerre de la fast fashion : le portefeuille, avec un malus qui pourra atteindre 10 euros par article en 2030 ; la visibilité, avec l’interdiction de la publicité et de la promotion par les influenceurs ; le récit commercial, à travers l’interdiction de l’usage du mot « gratuit », le renforcement des contrôles et de campagnes de sensibilisation à l’école. En ce premier jour de soldes en France, nous devons rappeler que la protection des commerces français est un enjeu majeur pour notre économie.Ce texte participe au combat pour l’environnement, pour notre souveraineté économique et pour la protection du consommateur. Il ne représente évidemment qu’une première étape. À titre personnel, je souhaite que nous puissions aller plus loin. Je sais qu’Anne-Cécile Violland, avec sa ténacité et sa pugnacité, continuera de mener ce combat. Pour toutes ces raisons, le groupe Horizons & indépendants soutiendra ce texte et appelle l’ensemble des groupes à faire de même. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur quelques bancs du groupe EPR. – Mme la rapporteure applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).