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Discours du 16 février 2026

Vincent Trébuchet · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°151

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Très bien !

J’aborde ce débat avec lucidité ; je garde en mémoire, monsieur le rapporteur général, la manière dont, l’an dernier, vous avez méthodiquement balayé tous les amendements visant à limiter le droit de donner la mort en faveur duquel vous militez. Protection des personnes fragiles, des déficients intellectuels, des autistes : avis défavorable. Clause de conscience pour les pharmaciens, les soignants, les établissements : avis défavorable. Décision plus collégiale, inclusion d’un psychiatre, contrôle juridique a priori : défavorable. Interdiction de la publicité pour le suicide assisté ou l’euthanasie : défavorable. Question des pressions, du gain financier des familles, des mutuelles, des acteurs privés : défavorable. Tout, je le répète, vous avez tout balayé !

Pour vous, ce texte constitue, je crois pouvoir le dire, le combat d’une vie. Cela traduit sûrement une vision de l’homme. La mienne se situe à l’opposé. Alors que nous sommes députés de la même République et professons la même devise – Liberté, Égalité, Fraternité –, j’ai voulu comprendre ce qui nous sépare ; je pense qu’il s’agit de la manière même de concevoir chacun de ces trois mots.D’abord la liberté : par cette proposition de loi, vous professez une liberté dont les seules boussoles sont le consentement et le désir individuel. L’Association pour le droit de mourir dans la dignité, inspiratrice du texte et qui vous a fait membre de son comité d’honneur, milite depuis sa création pour « une société idéale constituée d’hommes et de femmes libres et responsables qui choisiront en toute lucidité le moment de mourir et posséderont les moyens de concrétiser leur désir ». À cette liberté individualiste, j’oppose la véritable liberté, faite pour rechercher le bien – raison pour laquelle notre code pénal punit ce qui est collectivement reconnu comme un mal, depuis la torture ou l’inceste jusqu’au vol. Depuis des millénaires, l’interdit de tuer constitue un repère universel qui s’impose de l’intérieur à chaque homme et fonde notre vivre-ensemble. Détruire ces repères, c’est détruire le sens même de la liberté.Ensuite l’égalité, une égalité uniquement en droit, qui se décréterait. Or c’est un leurre de croire que, face à ce droit à la mort, les Français seront égaux ; la majorité d’entre eux, lucidement, redoute que la mesure ne s’applique en priorité aux plus vulnérables, aux plus pauvres, comme on le constate dans les pays ayant légalisé l’euthanasie ou le suicide assisté. À cette égalité de façade, qui se paie de mots, je préfère l’égalité en dignité de toute personne humaine : celle-ci ne se décrète pas dans une assemblée, mais nous oblige, au quotidien. Parce qu’une personne se retrouve malade, souffrante, défigurée, il est de notre devoir de lui dire combien, dans son être même, elle demeure belle et digne. Vous rendez-vous compte de la violence de l’expression « mourir dans la dignité » ? En jugeant implicitement certaines morts indignes, vous faites de la dignité un prix à conquérir, certains en étant capables, d’autres non. Rien ne blesse davantage l’égalité.La fraternité, enfin, irait jusqu’à donner la mort ; son expression ultime consisterait à supprimer le frère afin de supprimer la souffrance de ce dernier. Quel renversement, quel abandon, quelle autodestruction de la fraternité ! Cette vision est promue de longue date par la franc-maçonnerie, qui, de son propre aveu, voit dans ce texte un aboutissement, une réponse, même, aux demandes des frères maçons parlementaires.

La véritable fraternité ne consiste pas à donner la mort à l’autre, mais à donner sa vie pour l’autre !

C’est ce que font quotidiennement nos soignants : ils répondent à la souffrance non par une piqûre létale, mais par le geste qui soulage, la présence qui aime. Sous prétexte de délit d’entrave, leur interdirons-nous demain de redonner goût à la vie, même courte, à quelqu’un qui voulait mourir ?

Chers collègues, ne voyez dans mes propos que respect et considération.

Humblement, je vous fais part des réflexions que me dictent ma raison, ma conscience, espérant qu’elles trouvent un écho dans les vôtres. J’en ai l’intime conviction, notre assemblée peut sortir grandie de ces débats si elle rejette cette mort provoquée pour choisir la vie. Alors que nous sommes politiquement plus divisés que jamais, les acteurs des soins palliatifs, artisans éminents de notre unité nationale, tiennent en notre nom, dans les lieux de la fragilité extrême, la promesse du non-abandon pour tous et jusqu’au bout. Ils nous demandent solennellement de ne pas briser ce trésor national, ce que ferait à coup sûr la légalisation du suicide assisté ou de l’euthanasie. Chers soignants, chers éligibles, comme on vous appelle désormais, nous nous battrons pour le conserver ; si par malheur cette proposition de loi est adoptée, gardez confiance. Aucune loi ne pourra jamais forcer votre conscience au mal. Des millions de Français continueront de vous soutenir ; ce parlement ou un autre, un jour, abrogera ce texte, car la vie triomphera. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).