Discours du 20 juillet 2026
Vincent Trébuchet · Première session extraordinaire 2026 · séance n°22
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Les titres des textes agricoles que nous débattons ne trompent plus personne. « Projet de loi d’urgence agricole » : qui peut encore y croire quand c’est le énième et que l’on peine à citer les résultats obtenus par les précédents ?
Qui peut encore y croire, surtout, quand il est présenté par la majorité en place depuis dix ans, qui porte une responsabilité écrasante dans la situation d’immense précarité que vivent aujourd’hui nos agriculteurs ?
Sur le papier, les bonnes intentions du texte que nous nous apprêtons à voter sont réelles : freins aux importations déloyales, encouragement à la consommation de produits français, renforcement de la lutte contre la prédation lupine, meilleur accès à la ressource en eau, sécurisation du foncier agricole, nouvelles tentatives, après des échecs successifs, d’assurer un revenu plus juste aux agriculteurs. Trop souvent, cependant, ce texte reproduit les mêmes stratégies inefficaces face aux crises agricoles à répétition – encadrer, interdire et réglementer –, mais il ne propose quasiment jamais de simplifier, de libérer la production, d’éradiquer tout simplement les contraintes qui pèsent sur nos agriculteurs.J’alertais, au début de nos débats, sur trois manques principaux de ce texte ; faisons le bilan. Premièrement, j’ai souligné que, pour produire, il faut avoir accès à la ressource en eau. Lors de l’examen du texte en commission, vos alliés de gauche, madame la ministre, à qui vous devez, en 2024, la reconduction de la majorité macroniste à l’Assemblée, avaient détruit littéralement les articles utiles que prévoyait votre projet de loi dans ce domaine. Contre toute désinformation, il convient de rappeler que stocker une fraction des excédents hivernaux pour réduire les prélèvements durant l’étiage n’est pas un accaparement mais une impérieuse politique d’adaptation.Le texte issu de la commission mixte paritaire reconnaît enfin cette évidence. Il impose de prendre en compte les besoins actuels et prévisionnels d’irrigation en visant le doublement des volumes de stockage d’eau à usage agricole d’ici à 2035. Il permet de remobiliser les capacités des plans d’eau existants, de faciliter leur curage, d’anticiper l’instruction des projets. Il permet aussi aux réserves agricoles de contribuer à la défense contre les incendies et à la sécurité civile. Ce sont des avancées.Deuxièmement, pour produire, il faut pouvoir s’approvisionner et acheter des engrais à un coût qui permette de rester compétitif. Pas un mot sur le sujet dans ce projet de loi dit d’urgence, alors que c’est une des urgences principales. Le prix des engrais azoté a bondi de 70 % entre 2024 et 2026, alors qu’il avait déjà augmenté de 60 % entre 2020 et 2024. La France importe la moitié de ses engrais azotés et est dépendante des importations de gaz pour ceux qu’elle produit sur son sol. Il est urgent de relocaliser notre production et de l’appuyer sur une ressource que nous maîtrisons : l’hydrogène produit à partir de notre énergie nucléaire. Cette stratégie industrielle aurait dû être déployée depuis longtemps, au plus tard depuis la crise en Ukraine. Rien n’a été fait. Pire, dans la niche UDR, nous avions déposé une proposition de loi visant à assouplir la réglementation environnementale liée à ces projets de souveraineté : le bloc central a voté contre en commission, contre nos agriculteurs.Troisièmement, pour produire, il faut avoir accès aux produits phytosanitaires jugés sans danger par les autorités de santé, lorsqu’ils permettent de sauver une production. Interdire les importations déloyales qui utilisent des substances prohibées en Europe, c’est une chose, mais cela n’a pas de sens si, dans le même temps, vous laissez perdurer des inégalités qui favorisent les agriculteurs de nos voisins européens au détriment des agriculteurs français.Votre texte initial, madame la ministre, ne contenait aucune mesure en la matière. Le texte final rétablit un équilibre nécessaire, qu’il convient de rappeler contre toutes les tentatives de désinformation : une molécule approuvée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments, autorisée partout dans l’Union européenne, pourra être utilisée pour la filière noisette, en l’absence d’alternative, après validation de l’Anses, ce qui permet de prendre en considération les réserves du Conseil constitutionnel. L’UDR salue ce retour au bon sens. On entend dire que le bloc central pourrait voter contre la rédaction actuelle à cause de cette mesure, après que Gabriel Attal a pourtant fait de la com’ à gogo sur le scandale des surtranspositions. Madame la ministre, avec des alliés comme ça, on n’a pas besoin d’ennemi.Comme d’habitude lorsqu’il s’agit de soutenir nos agriculteurs, le projet de loi ne passera que grâce au Rassemblement national et à l’UDR. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.) Cependant, il ne s’agit que d’un texte de réglementation, bien pauvre pour venir en secours à nos agriculteurs. C’est pendant les débats budgétaires de cet automne, madame la ministre, qu’on jugera si vous souhaitez vraiment la souveraineté alimentaire de la France. Voici une question simple à méditer d’ici là : nous annoncerez-vous encore une baisse des crédits de la mission Agriculture ? Dans ce cas, vous pouvez compter sur l’opposition ferme et déterminée d’Hélène Laporte et de moi-même en tant que rapporteurs spéciaux. Pied à pied, nous défendrons nos agriculteurs. Eux aussi, eux surtout, ils attendent pour la France la renaissance. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).