Discours du 30 juin 2026
Yannick Favennec-Bécot · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°295
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Je m’exprime au nom du groupe LIOT qui, comme notre Assemblée, est divisé au sujet de ce texte. Je porterai donc fidèlement chacune des voix qui le composent, en commençant par ce qui nous rassemble toutes et tous, au-delà de nos opinions respectives. À mesure que le temps passe, chacun s’en rend compte, la mort fait partie de la vie. Et tous ceux qui ont été confrontés aux derniers instants de la vie de leurs proches savent à quel point nous ne sommes pas tous égaux face à la mort. Il en est qui souffrent jusqu’à leur dernier souffle, d’autres qui s’en vont paisiblement, du moins en apparence. Certains sont entourés de leurs proches, d’autres s’en vont seuls. Au sein de notre groupe, et comme chacun ici, nous souhaitons que la fin de chaque existence, en particulier lorsqu’elle est traversée par une maladie incurable et par la souffrance, soit la plus apaisée et la plus digne possible. Et tous ici, nous souhaitons que l’État, par l’intermédiaire de notre système de soins, contribue à accompagner chacun en ce sens.Quel que soit notre vote, c’est au nom de cette conviction que chacun d’entre nous s’exprimera aujourd’hui. Celles et ceux, dans notre groupe, qui sont opposés au texte craignent que la création de ce droit affaiblisse encore le devoir de fraternité que nous devons aux plus vulnérables. Ils craignent aussi que l’aide à mourir ne vienne ralentir la dynamique des soins palliatifs, en substituant à l’effort nécessaire pour soulager la souffrance une réponse définitive.Celles et ceux qui s’abstiendront portent une autre inquiétude, née de nos débats sur les soins palliatifs. Ils auraient voulu que l’on consacre d’abord un droit opposable à ces soins, avant de généraliser le droit à l’aide à mourir, que le socle garantissant un égal accès de tous aux soins palliatifs soit solide, afin que nous puissions légiférer dans une plus grande tranquillité sur la création de ce nouveau droit – sinon, comment garantir que ce droit nouveau ne deviendra pas, insidieusement, une forme d’automatisme, dans un pays où des centaines de milliers de personnes, pourtant éligibles, n’accèdent toujours pas au soulagement de leur douleur ? Pour eux, choisir librement suppose, d’abord, d’avoir le choix.Enfin, celles et ceux, dont je fais partie, qui soutiennent ce texte, y voient avant tout une question d’humanité. Ceux qui sont opposés au texte parlent de respecter la vie. Nous aussi, ainsi que du respect de la mort. Car si la mort fait partie de la vie, alors choisir sa mort, c’est être maître de sa vie jusqu’au bout.Je demande à ceux qui sont opposés au texte de penser aux témoignages que nous ont offerts des personnalités hors du commun qui ont choisi de documenter leur fin de vie pour mieux demander leur accès à l’aide à mourir : Rémy Salvat, Chantal Sébire, Anne Bert, Alain Cocq, et tant d’anonymes qui ont dû, dans le secret, mettre fin à leurs jours, demander de l’aide à des soignants courageux et qui, autant par conviction que par humanité, ont fait le choix d’accompagner ces malades. Je pense aussi aux familles, qui ont dû garder le secret coupable sur les conditions du départ de leurs proches, lorsqu’ils furent exaucés.Mes chers collègues, regardez ces malades en face, et dites-leur qu’ils doivent souffrir jusqu’au bout, même quand la médecine ne peut plus rien pour soulager leur douleur.Au fond, pour nous, soutenir ce texte revient à honorer notre devise. Liberté de disposer de son corps jusqu’au dernier instant. Égalité, car choisir les conditions de sa mort est déjà, aujourd’hui, un privilège. Fraternité, enfin, car à la fraternité que nos contradicteurs nous opposent, nous répondons qu’elle peut être aussi cela : ne pas détourner le regard de ceux pour lesquels même les soins palliatifs ne peuvent plus rien.Le texte qui nous est soumis aujourd’hui est largement encadré pour prévenir toutes formes de dérives : des conditions d’accès strictes, une demande réitérée plusieurs fois, examinée par un collège pluriprofessionnel, des voies de recours sécurisées, des médecins qui vérifient que la personne ne fait pas l’objet de pressions, et enfin, la possibilité de dire non jusqu’au dernier moment.La manière dont une société accompagne les derniers instants dit peut-être plus que tout autre chose ce qu’elle croit devoir à la dignité humaine. Puisse notre assemblée, en ce moment, s’en montrer digne. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LIOT et SOC.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).