Discours du 2 juin 2026
Yannick Neuder · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°260
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Derrière chaque article de cette proposition de loi, il y a un visage. Celui d’une mère qui apprend que son enfant est atteint d’une leucémie. Celui d’un père qui fait le choix de rester au chevet de son fils et qui se retrouve à devoir choisir entre sa présence et son emploi. Celui de parents qui additionnent les factures d’ergothérapie, de psychomotricité, de bilans neuropsychologiques, parce que la sécurité sociale ne rembourse pas encore ces soins de ville.Cette proposition de loi leur répond. Elle le fait concrètement, article par article, sans idéologie, en rassemblant toutes les sensibilités de cet hémicycle. C’est rare et cela dit quelque chose d’essentiel : quand on légifère pour les plus vulnérables, les clivages s’effacent.Je veux tout d’abord saluer le travail de Vincent Thiébaut. Il a porté ce texte avec constance et engagement depuis le dépôt initial jusqu’à cette deuxième lecture. Il l’a fait en lien avec les associations Eva pour la vie et Grandir sans cancer, qui ont été les premières à mettre des mots sur les vides juridiques que traversent ces familles.Plus de 140 députés ont cosigné ce texte qui a été adopté à l’unanimité à l’Assemblée en décembre 2024, puis enrichi par le Sénat en février 2026 grâce au travail de Marie-Pierre Richer et Marie-Claude Lermytte. La commission des affaires sociales l’a adopté en deuxième lecture le 6 mai dernier.Ce texte, notre groupe le soutient sans réserve. Il comporte plusieurs avancées majeures, tout d’abord sur le plan financier. Les familles qui ont un enfant gravement malade subissent un double choc : le choc médical et le choc économique. Cette loi répond à cette situation en remboursant intégralement les séances de psychologue pour les enfants en ALD (affection de longue durée), en levant le plafond du dispositif Mon Soutien psy, en prenant en charge les auxiliaires médicaux, les ergothérapeutes, les psychomotriciens, les diététiciens, jusqu’ici laissés à la charge des familles. Elle permet aussi le déblocage anticipé de l’épargne salariale, une mesure portée par Marie-Do Aeschlimann, et l’extension du crédit d’impôt au relayage, grâce à Jean-François Rapin.Ensuite, s’agissant des droits des parents salariés, le congé d’annonce d’une pathologie grave ou d’un handicap passe de cinq à quinze jours. L’accès à l’allocation journalière de présence parentale est simplifié. En cas de garde alternée, les deux parents pourront désormais se partager cette allocation. Ce sont des mesures qui ont l’air techniques ; en réalité, elles changent des vies.Enfin, la carte mobilité inclusion stationnement pourra désormais être délivrée directement par le président du conseil départemental, sans délai supplémentaire. C’est du concret, du quotidien, pour des familles dont chaque déplacement à l’hôpital requiert une logistique.En tant que médecin, j’ai vu ces familles à l’hôpital. J’ai vu des parents rester nuits et week-ends sans même savoir qu’ils pouvaient bénéficier d’une aide. J’ai vu des enfants reprendre une thérapie interrompue faute de moyens. Cette loi ne résout pas tout, mais elle dit à ces familles : vous n’êtes pas seules, l’État assume sa part.Comme ministre de la santé, j’ai voulu compléter les actions engagées. En février 2025, nous avons généralisé le dépistage néonatal de trois nouvelles maladies, notamment l’amyotrophie spinale. Ce sont 120 à 130 enfants par an qui pourront désormais être pris en charge avant l’apparition des symptômes, grâce à des thérapies ciblées. En juin 2025, nous avons fait adopter à l’unanimité la loi créant un registre national des cancers, pour mieux connaître la maladie dans toutes ses formes, y compris pédiatriques. Nous avons également lancé un plan de santé mentale, avec le doublement des psychologues conventionnés Mon Soutien psy d’ici 2027. Ces engagements trouvent leur prolongement naturel dans l’article 9 de cette proposition de loi.Je veux aussi souligner ce que cette loi dit de notre façon de faire de la politique. Nous sommes cosignataires d’un texte qui n’appartient à aucun groupe, qui n’est revendiqué par aucune majorité, mais qui est utile à tous. C’est cela, une « transpartisanerie » qui mérite son nom : non pas un consensus mou, mais un accord sincère sur l’essentiel.Mes chers collègues, ces familles n’attendent pas une troisième lecture : elles attendent une loi. Ce texte est solide, il a été enrichi par les deux chambres, il fait l’unanimité. Il est des moments où le Parlement doit simplement voter, et voter utile. Aussi le groupe de la Droite républicaine votera-t-il ce texte conforme.
Le mieux est l’ennemi du bien. Et moi, ce soir, je voudrais qu’on pense aux 2 300 enfants auxquels, chaque année, on diagnostique un cancer, au plus de 500 000 enfants porteurs d’un handicap, dont un certain nombre sont ou seront en ALD.Alors oui, il peut encore exister des imperfections, mais je crois que les enfants qui nous regardent, leurs familles et surtout les associations – je pense à Eva pour la vie, à Grandir sans cancer –, veulent des mesures concrètes, pas une troisième lecture.Les remboursements des soins délivrés par les ergothérapeutes, les diététiciens ou les psychomotriciens seront appréciés. Le congé rémunéré en cas d’annonce de la survenue d’un handicap, d’une pathologie chronique nécessitant un apprentissage thérapeutique ou d’un cancer chez un enfant, qui passe de cinq à dix jours, tout comme l’accès simplifié à l’allocation journalière, sont des mesures de bon sens qui permettront de rendre moins douloureuses ces situations extrêmes.Vu le contexte politique, je pense que nous pouvons voter collectivement cette proposition de loi qui améliorera la qualité de vie de ces enfants. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. – Mme Laure Miller applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).