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Discours du 20 juillet 2026

Yannick Neuder · Première session extraordinaire 2026 · séance n°21

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Nous devons mieux soigner dans notre pays. C’est une évidence et ce n’est pas l’objet du débat qui nous réunit aujourd’hui. La question que nous ne posons jamais, mais que ce texte pose enfin, est d’un tout autre ordre : pouvons-nous éviter de soigner ? Autrement dit, pouvons-nous éviter aux Français de tomber malade ? Nous avons bâti un système de soins qui répare admirablement mais qui arrive toujours après l’infarctus, après l’AVC, après l’hospitalisation. Ce texte fait le pari d’arriver avant et d’éviter ces drames.Les chiffres devraient nous obséder : toutes les deux minutes, un infarctus ou un AVC survient ; chaque année, ces maladies provoquent 140 000 décès, soit plus d’un décès sur cinq, et 1,2 million d’hospitalisations. Elles sont la deuxième cause de mortalité, la première cause de handicap acquis et représentent près de 20 milliards d’euros de dépenses pour notre système de santé.Et il y a un chiffre qui devrait nous empêcher de dormir : 80 % de ces drames sont évitables. En effet, ces maladies ne surgissent pas du néant ; elles s’annoncent, longtemps à l’avance, en silence : 31 % des adultes sont hypertendus, 23 % ont trop de cholestérol, 7 % sont diabétiques. La moitié des personnes hypertendues ignorent qu’elles le sont, c’est également le cas d’un diabétique sur cinq. Or ce sont les plus modestes qui paient le plus lourd tribut : on dénombre dans les communes défavorisées 30 % d’hospitalisations supplémentaires.Tout cela, nous le savons. Il est donc temps d’agir. Quand l’Allemagne consacre annuellement à la prévention 458 euros par habitant, la France en consacre 186, soit 2,3 % de nos dépenses de santé – contre 3,4 % en moyenne dans l’OCDE. Nos soins sont parmi les meilleurs au monde, mais notre prévention compte parmi les moins bonnes.Ce n’est pas une fatalité, c’est un non-choix, répété budget après budget. Dans un article publié l’an dernier dans le New England Journal of Medicine, le professeur Ferrières a démontré que la maîtrise des grands facteurs de risque permettrait de gagner jusqu’à quatorze années et demie d’espérance de vie. Qui plus est, un dépistage organisé éviterait jusqu’à 1,2 milliard d’euros de dépenses par an. La prévention est non pas une charge, mais un investissement. Elle est le seul levier durable de soutenabilité de notre protection sociale. Voilà pourquoi ce texte compte.L’article 1er dote enfin la France d’une stratégie nationale pluriannuelle, le plan Cœur, comme il existe un plan Cancer. Il transforme les rendez-vous de prévention aux âges clés en véritables bilans cardio-neuro-vasculaires et y intègre le risque propre aux femmes, trop longtemps évalué à l’aune du risque masculin. Il crée en outre un dépistage de l’hypercholestérolémie familiale – maladie génétique qui touche une personne sur 250 à la naissance – dans l’année qui suit le sixième anniversaire de l’enfant. Dépister un enfant, c’est souvent dépister toute une famille. Ce dépistage peut permettre d’éviter des infarctus et des AVC juvéniles ; 30 000 enfants sont concernés en France.L’article 1er bis met fin à une absurdité en autorisant enfin les pharmaciens et les masseurs-kinésithérapeutes à mesurer la pression artérielle. Des millions de Français sont hypertendus sans le savoir. Allons les chercher là où ils se trouvent et misons sur le rôle de ces professionnels de santé dans la prévention. (M. Laurent Wauquiez applaudit.)L’article 2 fait de l’entreprise un lieu de prévention, en y prévoyant des campagnes de dépistage, une sensibilisation annuelle et une visite de mi-carrière élargie au dépistage pour aller vers ceux qui ne consultent jamais.L’article 2 bis porte les mêmes efforts à l’école, où se façonnent les habitudes de vie – alimentation, sport, temps d’écran, sédentarité. Je rappelle que 20 % de nos enfants sont en surpoids.En commission mixte paritaire, nous avons rétabli le caractère pluriannuel de la stratégie, nous avons levé les verrous qui subordonnaient le dépistage à un avis préalable de la Haute Autorité de santé (HAS) et nous avons rétabli les campagnes en entreprise. Je remercie mon confrère, le sénateur Khalifé Khalifé, pour ses travaux.Ce texte a été déposé l’avant-veille de Noël, vous l’avez adopté à l’unanimité le 8 avril, le Sénat l’a enrichi en juin, la commission mixte paritaire a rendu ses conclusions le 1er juillet. Sept mois, plus de quatre-vingts cosignataires issus de tous les bancs de l’hémicycle, pas une seule voix contre : ces quelques chiffres méritent d’être relevés, car on entend bien souvent que cette assemblée ne sait pas se mettre d’accord.Comme ministre de la santé, j’ai soutenu la lutte contre les déserts médicaux, la réforme de la formation des soignants et le plan Santé mentale. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe DR.) Ce virage manquait. Comme cardiologue, je reçois encore chaque semaine des patients qui arrivent trop tard. Ce soir, nous pouvons faire en sorte qu’ils arrivent plus tôt. Ce n’est qu’une première étape : il faudra une loi de programmation de la prévention, car un budget annuel ne financera jamais un investissement dont le retour se mesure sur dix ans. Ici et aujourd’hui, la France se dote enfin d’une véritable stratégie de prévention. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR et Dem. – Mme Dominique Voynet applaudit également.)

Ce vote fait honneur à l’ensemble des députés, puisque vous avez été plus de quatre-vingts à cosigner le texte de façon transpartisane. Je voudrais remercier le sénateur Khalifé, qui a contribué à l’amélioration du texte, ainsi que tous ceux qui ont participé à son élaboration, notamment les sociétés savantes – la Société française et la Fédération française de cardiologie, la Société française de neurologie – et l’Association nationale des hypercholestérolémies familiales (Anhet).Pensons aux 30 000 enfants qui vont échapper à l’infarctus ou à l’AVC juvénile et à l’ensemble des patients, notamment aux femmes, dont nous ne rappellerons jamais assez que les pathologies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité. Mesdames, pensez également à consulter pour des bilans : ces maladies ne concernent pas que les hommes.Je salue enfin l’Alliance du cœur et Agir pour le cœur des femmes, qui promeuvent la prévention dans les territoires. C’est une belle réussite collective : la prévention s’inscrit dans notre nouveau modèle de santé et devra être développée davantage encore dans les années qui viennent. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. – M. Sébastien Peytavie applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).