Discours du 29 janvier 2026
Yoann Gillet · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°132
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Il est des moments dans la vie de notre assemblée où le temps législatif rencontre le temps de l’histoire, et le texte que nous examinons aujourd’hui appartient à cette catégorie. Il traite de l’honneur de la France, de la reconnaissance envers ses enfants et du prix de notre liberté.Le groupe Rassemblement national et sa présidente Marine Le Pen ont toujours affirmé que la grandeur de la France ne se concevait pas sans le respect dû à ceux qui y ont concouru. C’est pourquoi, en l’état, les députés du Rassemblement National voteront pour ce texte.Pendant trente ans, entre 1966 et 1996, le destin de la France s’est écrit dans les eaux et le ciel de la Polynésie : 193 essais nucléaires ; 130 000 vies engagées – militaires, ingénieurs et personnels civils, dont des milliers de Polynésiens recrutés localement. Tous ont été les ouvriers de notre souveraineté. C’est grâce à leur dévouement que la France est aujourd’hui une puissance respectée, une nation libre qui ne dépend de personne pour assurer sa sécurité dans un monde de plus en plus instable et conflictuel.Mais cette indépendance a eu un coût, sanitaire et environnemental. Pendant trop longtemps, un silence de plomb a recouvert les inquiétudes légitimes de nos compatriotes du Pacifique. On leur a opposé le « secret défense » comme une fin de non-recevoir. Mais le secret ne doit jamais être le paravent de l’injustice. S’il est évidemment indispensable à la crédibilité de notre arme atomique, il ne doit pas empêcher la manifestation de la vérité due aux victimes. Le Rassemblement national refuse l’opacité qui blesse. Nous soutenons une déclassification plus large des archives quand cela est possible, car la confiance des peuples ne se gagne que par la clarté.Regardons la réalité en face : la loi Morin de 2010 a ouvert une voie, mais au fil des ans, celle-ci est devenue un parcours d’obstacles. Le seuil de 1 millisievert et la liste restrictive des pathologies reconnues ont transformé l’exercice du droit à l’indemnisation en un combat administratif épuisant pour des familles déjà frappées par la maladie et le deuil. Face à la réalité, le législateur ne pouvait plus se contenter de demi-mesures.Toutefois, mes chers collègues, notre position est celle de l’équilibre. Nous reconnaissons le fait nucléaire et le sacrifice polynésien. Nous voulons que cette histoire soit enseignée, car elle est une part glorieuse et douloureuse de notre identité nationale. Mais nous le disons avec fermeté : l’instrumentalisation politique n’a pas sa place sur un sujet aussi sensible. La France n’a jamais eu l’intention de nuire à ses propres enfants. Nos militaires et nos chercheurs n’étaient pas des coupables, mais des serviteurs de l’État. En Polynésie, nous avons bâti le bouclier de la nation.Il nous appartient de réparer, avec dignité, les conséquences d’un choix stratégique dont nous bénéficions tous aujourd’hui. La solidarité nationale doit être totale. Elle passe par une indemnisation plus large et simplifiée, par l’accompagnement des malades, mais aussi par la justice financière envers les organismes d’assurance maladie concernés, notamment la CPS. La nation doit prendre à sa charge ce que la solidarité locale a injustement supporté seule.La Polynésie française a donné à la République les moyens de son autonomie stratégique. En votant cette loi, nous honorons la France. Nous légiférons pour que chaque Polynésien sache que la France n’oublie rien, pour que nos vétérans voient leur dignité enfin reconnue, pour que la Polynésie, résolument et fièrement française, puisse enfin regarder l’horizon avec l’assurance d’une nation qui sait protéger les siens. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).