Discours du 28 mai 2026
Zahia Hamdane · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°252
Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.
Le temps imparti ne nous permettra pas d’examiner ce texte – je le regrette.
Je crains que non.
Je commencerai par une histoire : celle de Malika. Malika a travaillé toute sa vie. Elle a fait tout ce qu’on lui a demandé. Quatre mois avant son départ à la retraite, elle dépose son dossier. Tout semble en règle, puis un document manque – et tout s’arrête. Depuis des mois, Malika ne touche plus rien – 0 euro. Elle survit grâce à la solidarité.Malika n’est pas un cas isolé. En 2023, 14 % des dossiers de retraite étaient en retard ; cela représente plus de 100 000 personnes laissées sans ressources. Dans certains territoires, comme en Martinique, la situation est encore plus brutale : jusqu’à 83 % des travailleurs indépendants ne touchent rien au moment de partir à la retraite. Rien. C’est un basculement immédiat dans la précarité – une rupture de vie.On nous propose aujourd’hui une solution : garantir un revenu provisoire. Sur le principe, c’est nécessaire – mais qu’en est-il en réalité ? Ce revenu serait fixé à 1 043 euros par mois – en dessous du seuil de pauvreté. On institutionnalise ainsi la précarité. On dit à des gens qui ont travaillé toute leur vie : « Patientez, dans la pauvreté ». Est-ce cela la dignité ?Ce n’est pas tout : pour les classes moyennes, c’est une chute brutale : vous attendez 1 800 euros, vous en toucherez 1 043. Pour les plus modestes, c’est pire : un retraité qui doit percevoir 800 euros en recevra 1 043, puis devra rembourser la différence. On crée des dettes, au détriment des retraités modestes, à cause des retards de l’administration. Est-ce juste ? Est-ce moral ?On nous parle aussi de simplification, de partage des données, d’efficacité, mais aucun progrès technique ne justifiera jamais qu’on plonge des retraités dans la pauvreté ou l’endettement.Le vrai problème, nous le connaissons tous : moins d’agents, plus de dossiers, des systèmes informatiques défaillants. Depuis des années, on demande à l’administration de faire plus avec moins. Aujourd’hui, ce sont les retraités qui paient la facture.Aucune loi ne remplacera les moyens humains ; aucune réforme ne compensera un service public affaibli. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Si nous voulons garantir un revenu digne dès le premier jour de la retraite, il faut des agents en nombre suffisant, des outils fiables et des pensions provisoires calculées sur les droits réels – pas sur un minimum permettant tout juste de survivre.Parce que nous refusons d’appauvrir les retraités, parce que nous refusons d’endetter les plus modestes, nous avions prévu de nous abstenir ; mais parce qu’il y a urgence, parce que laisser des retraités sans ressources est inacceptable, nous resterons vigilants et continuerons de nous battre pour corriger ces injustices.Avancer, oui – mais sans renoncer à l’essentiel. Notre responsabilité est immense : garantir la dignité de celles et ceux qui ont travaillé toute leur vie. Cette dignité ne se négocie pas. En soutenant un autre cap politique – celui défendu notamment par Jean-Luc Mélenchon l’année prochaine (« Ah ! » sur quelques bancs des groupes RN et DR) –, nous faisons un choix clair : personne ne doit vivre sous le seuil de pauvreté, et personne n’y vivra, encore moins nos retraités. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).