Discours du 12 février 2026
Fabrice Barusseau · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°147
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Moins de 1 % de l’eau présente sur notre planète est naturellement potable. Pourtant, nous continuons à légiférer comme si cette ressource était inépuisable. L’eau n’est pas un bien ordinaire : c’est un bien vital, stratégique et non substituable. La manière dont nous la protégeons ou dont nous renonçons à la protéger engage notre responsabilité.En quarante ans, plus de 14 000 captages d’eau potable ont été fermés dans notre pays. La cause principale est connue : les pollutions diffuses aux nitrates et aux pesticides. Le coût est tout aussi connu : près de 2 milliards d’euros par an pour éliminer les pollutions que nous n’avons pas su prévenir. Autrement dit, nous faisons payer aux usagers le prix de nos renoncements.Dans un contexte de changement climatique, de raréfaction de la ressource et de tensions croissantes pour l’accès à l’eau, persister dans cette logique serait une faute politique majeure, car la vraie question est simple : voulons-nous continuer à réparer indéfiniment les dégâts ou décidons-nous enfin d’empêcher qu’ils ne se produisent ?La protection de l’eau potable ne peut plus relever d’initiatives dispersées. C’est une mission régalienne. L’État doit assumer pleinement son rôle : ingénierie publique, expertise sanitaire, agences de l’eau, pilotage clair, obligations de résultat. Il serait injuste et inefficace de se défausser sur les collectivités ou sur les agriculteurs. Quand un captage ferme, ce ne sont ni les élus locaux ni les usagers qui ont pollué, mais ce sont eux qui paient : traitements plus coûteux, infrastructures plus lourdes, factures plus élevées. Lorsque la qualité de l’eau dépasse les seuils de potabilité, l’État doit agir, décider, contraindre si nécessaire. Les incantations ne dépolluent pas une nappe phréatique. Les demi-mesures ne rouvrent pas un captage.Le texte qui nous est soumis engage précisément ce changement de cap : il prévoit de passer d’une logique curative à une logique de prévention, de planification et de responsabilité. (M. Pierre Pribetich applaudit.) Je veux saluer le travail sérieux mené en commission, mais je veux aussi dire clairement que, face à un enjeu sanitaire aussi fondamental, certains comportements dans cet hémicycle sont préoccupants : multiplier les amendements d’affaiblissement, relativiser les données scientifiques, entretenir l’illusion qu’on pourrait protéger l’eau sans contraintes ni évolution des pratiques, ce n’est pas défendre la liberté, c’est refuser la réalité. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR.) L’obstruction n’est pas du courage politique,…
…le déni n’est pas une stratégie et le court-termisme n’a jamais produit une politique de l’eau.Le recentrage sur les captages prioritaires définis lors du Grenelle de l’environnement, assorti d’obligations de résultat pour les préfets, est une avancée essentielle. Il permet d’agir là où l’urgence sanitaire est la plus forte, sans imposer des dispositifs uniformes et aveugles. L’articulation avec les Sdage, les Sage et les PTGE renforce la cohérence de bassin, car on ne protège pas durablement une ressource fragmentée par des politiques publiques incohérentes. La création de zones soumises à contrainte environnementale, avec des programmes pluriannuels obligatoires, donne enfin des outils à la hauteur des pressions réelles – agricoles, industrielles ou liées aux forages.Pour le groupe Socialistes et apparentés, cette proposition de loi trace une trajectoire responsable, mais elle ne réussira qu’à la condition de mener une transition agroécologique accompagnée et sécurisée. Les agriculteurs ne sont pas les adversaires de la protection de l’eau, ils en sont des acteurs centraux.
Encore faut-il leur donner les moyens économiques de transformer leurs pratiques. On ne protège pas l’eau contre le monde agricole ; on la protège avec lui, par l’accompagnement, la visibilité et la justice économique. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)Protéger l’eau potable, c’est protéger la santé publique, c’est protéger la souveraineté de nos territoires et c’est protéger notre avenir commun. À l’heure où la qualité des nappes se dégrade et où les captages ferment, l’inaction n’est plus une opinion, c’est une responsabilité. L’histoire ne retiendra pas ceux qui auront temporisé, elle retiendra ceux qui auront protégé. Nous choisissons de protéger. Le groupe Socialistes et apparentés votera cette proposition de loi, et chacun ici devra assumer son vote…
…devant les territoires, devant les usagers, devant les générations qui viennent. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe EcoS. – M. le rapporteur et M. Marcellin Nadeau applaudissent également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).