Discours du 8 avril 2026
Fabrice Barusseau · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°195
Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.
Depuis plusieurs décennies, notre action climatique repose sur un pilier essentiel : l’atténuation – réduire nos émissions, transformer nos modèles, sortir des énergies fossiles. Cet effort est indispensable et personne ici ne le conteste.Nous devons cependant regarder la réalité en face. Malgré les engagements pris, nous n’avons pas réussi à infléchir suffisamment la trajectoire. Les émissions mondiales continuent d’augmenter et les gaz déjà émis continueront d’agir pendant des décennies. C’est une donnée physique, une réalité qui nous oblige à franchir une étape trop longtemps repoussée : faire de l’adaptation un pilier à part entière de notre politique climatique.Car pendant que nous débattons, le climat n’attend pas. Les conséquences des événements exceptionnels, devenus la norme, se font déjà sentir dans la vie de nos concitoyens : coupures d’eau, pertes agricoles, infrastructures dégradées, logements inhabitables, biens devenus inassurables. J’ai ici une pensée pour les victimes des inondations de février 2026. Dans ces moments-là, nos concitoyens n’attendent pas des constats ; ils attendent des décisions.Nous devons commencer par assumer une vérité simple : le climat de demain n’aura rien à voir avec celui d’hier. En France, nous en sommes déjà à + 1,7 oC par rapport à 1900, et la trajectoire la plus probable est celle d’un réchauffement de + 4 oC d’ici 2100. Or + 4 oC, ce n’est pas une évolution marginale. C’est une transformation profonde de notre pays : des vagues de chaleur beaucoup plus fréquentes ; des sécheresses qui mettront sous tension l’eau, l’agriculture, l’industrie et notre système énergétique ; des précipitations extrêmes et plus violentes ; 1,5 million de nos concitoyens exposés à la submersion marine ; jusqu’à 450 000 logements, enfin, menacés par l’érosion côtière.Nous le savons, mais notre organisation collective n’est toujours pas à la hauteur. Ne rien faire coûtera plus cher que d’agir. Chaque euro investi dans l’adaptation peut en rapporter entre 2 et 10. Pourtant, l’adaptation reste aujourd’hui le parent pauvre de notre action publique. Des stratégies existent, mais sans portée juridique ; elles n’organisent pas réellement l’action. Nous savons, mais nous n’agissons pas suffisamment.Ce retard n’est pas neutre, car les conséquences du changement climatique sont profondément inégalitaires. Ce sont les ménages modestes qui vivent dans les logements les plus vulnérables aux canicules ; ce sont les petites communes rurales qui voient les assureurs se retirer ; ce sont les collectivités les plus fragiles qui manquent de moyens pour investir. Certains territoires – territoires littoraux, territoires de montagne – sont en première ligne. Nos territoires d’outre-mer, disons-le très clairement, sont quant à eux parmi les plus exposés ; ils sont pourtant encore trop souvent les moins bien armés. Si nous n’agissons pas, les inégalités climatiques renforceront les inégalités sociales.Face à cela, cette proposition de loi apporte des réponses concrètes.L’article 1er crée pour l’adaptation un cadre juridique dans le code de l’environnement. Cette étape est fondamentale : sans base législative, nos stratégies restent indicatives ; avec une base législative, elles deviennent opposables et structurantes pour l’aménagement du territoire. En commission, nous avons renforcé ce dispositif, par une meilleure association des instances expertes et par sa prise en compte dans les documents d’urbanisme. C’est ainsi que l’on passe d’une simple stratégie à une véritable politique publique.L’article 2 traite d’une incohérence majeure. Aujourd’hui, après une catastrophe naturelle, nous reconstruisons à l’identique, même lorsque le risque est avéré. Reconstruire à l’identique, c’est organiser la prochaine catastrophe. Nous proposons donc un principe clair : la reconstruction résiliente, qui consiste à adapter les bâtiments aux risques, à s’appuyer sur une cartographie des aléas et à encourager les travaux de réduction de vulnérabilité. Nous avons renforcé ce point en commission, en rendant cette reconstruction résiliente obligatoire dans les zones exposées et en encadrant mieux les mécanismes assurantiels. Nous aurons à en débattre ; mais continuer comme aujourd’hui n’est plus une option.L’article 3 aborde un sujet que nous ne pouvons plus éluder : la soutenabilité du régime des catastrophes naturelles. Ce régime, pilier de notre solidarité nationale, est fragilisé par des années de déficit, par une sinistralité en forte hausse et par une crise de l’assurabilité qui commence à émerger. Hausse des primes, hausse des franchises, retrait partiel des assureurs dans certaines zones : si nous ne faisons rien, c’est l’accès même à l’assurance – et donc à la propriété et à l’investissement – qui sera remis en cause dans certains territoires. Nous ne pouvons pas accepter une France où certains territoires deviendraient inassurables. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.)
La mesure que nous proposons est ciblée et équilibrée. Elle permet de moduler la surprime pour les résidences secondaires et les biens de très grande valeur en zones exposées. Elle ne touche pas aux résidences principales ; elle introduit un seuil élevé et elle prévoit une réévaluation pour éviter les effets brutaux. C’est une mesure de responsabilité : préserver la solidarité tout en assurant la soutenabilité du système. (M. Arthur Delaporte applaudit.)Soyons cependant lucides : ce texte n’est qu’une première étape. Mes chers collègues, ce texte n’est pas un texte de confort. Il soulève des questions concrètes, parfois sensibles ; mais il repose sur une conviction simple : nous ne pouvons plus adapter nos politiques publiques à un climat qui n’existe déjà plus. L’adaptation n’est pas une option politique mais une nécessité qui exige des décisions – maintenant.Avec cette proposition de loi, nous faisons un choix : ne pas subir, mais anticiper ; ne pas réparer indéfiniment, mais prévenir ; ne pas laisser certains territoires décrocher, mais les protéger. Je forme le vœu que nous puissions, au-delà de nos différences, regarder cette réalité en face et agir en conséquence. Sur ce sujet, le véritable clivage n’est pas politique. Il est entre ceux qui anticipent et ceux qui attendent – et nous n’avons plus le luxe d’attendre. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, EcoS et GDR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).