Aller au contenu
vie-politique.fr

Discours du 6 juillet 2026

Fabrice Barusseau · Première session extraordinaire 2026 · séance n°4

Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.

La France vient de traverser l’un des épisodes caniculaires les plus précoces et les plus intenses de son histoire mais le débat que nous avons aujourd’hui ne porte pas uniquement sur la gestion d’une crise ; il porte sur la capacité de notre pays à se préparer à un phénomène désormais durable et, par conséquent, sur la volonté de l’ensemble des décideurs à apporter des réponses solides. Le changement climatique n’est plus une menace future, c’est une menace terriblement actuelle.

Il n’attend pas la réalisation des petits parcours personnels en 2027. Il nous oblige, tous, sans tergiverser, à la responsabilité, face à celles et ceux qui souffrent aujourd’hui, à nos concitoyens qui ont perdu un proche, à ceux qui auront peut-être les pieds dans l’eau cet hiver. Nous devons être utiles maintenant.Les avis des scientifiques du Giec, de Météo-France et du Haut Conseil pour le climat convergent : ces phénomènes vont s’intensifier, durer plus longtemps et concerner des territoires toujours plus vastes. Dans ce contexte, la première responsabilité des pouvoirs publics consiste à regarder la réalité en face.Cette réalité est que plus une seule politique publique n’échappe au changement climatique. Lorsque les hôpitaux connaissent des températures dépassant 35 oC dans certaines chambres, obligeant à déplacer des patients, c’est notre politique de santé qui est touchée. Lorsque la sécheresse fragilise les rendements agricoles, détruit des récoltes ou remet en cause certaines productions traditionnelles, c’est notre souveraineté alimentaire qui est altérée. Lorsque les primes d’assurance augmentent fortement dans les territoires exposés aux catastrophes naturelles, ou lorsque certains biens deviennent difficilement assurables, c’est notre pacte républicain de solidarité qui est abîmé. Lorsque des lignes ferroviaires ralentissent ou s’interrompent sous l’effet de la chaleur, lorsque des réseaux d’eau potable connaissent des ruptures d’approvisionnement, ce sont nos infrastructures stratégiques qui sont mises à mal. Autrement dit, la prise en compte du changement climatique ne peut plus être cantonnée à la seule politique environnementale ; elle doit désormais irriguer l’ensemble de l’action publique.La première responsabilité face à la crise climatique est celle des élus, particulièrement ceux de l’extrême droite, qui, depuis des années, ont nié, relativisé ou discrédité la parole scientifique. Pendant des décennies, le Rassemblement national et, plus largement, l’extrême droite ont expliqué que le changement climatique n’était pas une priorité, que les scientifiques exagéraient, que le Giec était alarmiste, voire propagandiste. Mais lorsque l’on passe son temps à remettre en cause les travaux scientifiques, à affaiblir les agences publiques, à mettre à mal les moyens de l’Office français de la biodiversité, de l’Ademe – l’Agence de la transition écologique –, des agences environnementales, on ne défend pas les Françaises et les Français, non, on les désarme face aux crises à venir.Ne soyons pas complices. Mes chers collègues, il n’existe pas de solution magique. La réalité est complexe, exigeante. Elle nous impose de la planification, des investissements, de la science et, surtout, de la constance.Nous examinons aujourd’hui des textes législatifs comme si les décennies à venir devaient ressembler aux décennies passées. Le contenu de la loi Duplomb et celui de la loi d’urgence agricole sur la gestion et la gouvernance de l’eau, les pesticides ou les agences sanitaires en sont un parfait exemple.

Pour les socialistes, chaque initiative législative, chaque projet de loi devrait désormais répondre à une question simple : rend-il la France plus résiliente ou plus vulnérable face au changement climatique ? Si nous étions capables de répondre honnêtement à cette question avant chaque vote, certaines lois ne verraient probablement jamais le jour. Cette exigence de résilience devrait être aussi naturelle que l’étude d’impact budgétaire.Les agriculteurs sont parmi les premiers touchés par le dérèglement climatique, dont les conséquences se chiffrent déjà en centaines de millions d’euros chaque année. Face à cette réalité, préserver les sols, les haies, les zones humides et mieux gérer la ressource en eau ne relève pas d’une logique punitive, mais constitue un investissement indispensable pour la résilience de notre agriculture et la prévention des conflits d’usage de demain.Face à l’accélération du dérèglement climatique, l’action publique doit désormais s’articuler autour de deux piliers indissociables. Le premier est celui de l’atténuation. L’Union européenne s’est fixé un objectif de neutralité carbone en 2050. La France s’est engagée à réduire d’ici à 2030 ses émissions de gaz à effet de serre de 50 % par rapport à 1990. Ces objectifs ne sont pas accessoires. Ils conditionnent notre capacité à maintenir un réchauffement compatible avec nos capacités d’adaptation car plus le réchauffement sera important, plus les coûts humains, économiques et sociaux seront élevés.Le second pilier d’une bonne politique de transition écologique, c’est l’adaptation. Le Haut Conseil pour le climat estime que la France doit se préparer à un réchauffement pouvant atteindre 4 °C sur son territoire d’ici à la fin du siècle. Préparer le pays à cette hypothèse ne signifie pas s’y résigner. Avec 4 °C de plus, certaines régions connaîtront des températures dépassant régulièrement 50 °C. Les besoins en eau augmenteront fortement, les rendements agricoles seront profondément affectés, les incendies se multiplieront et certains territoires deviendront difficilement habitables plusieurs semaines par an.L’adaptation ne remplacera donc jamais l’atténuation. L’une vise à limiter l’ampleur du changement climatique, l’autre à protéger les Françaises et les Français contre ses conséquences déjà inévitables. Les deux sont indissociables. C’est précisément à l’aune de cette double exigence que nous jugeons aujourd’hui l’action du gouvernement.

Monsieur le premier ministre, lors de la dernière séance des questions au gouvernement, vous avez évoqué un impératif d’accélération. Nous partageons cet impératif, mais où sont les actes ? Nos concitoyens ne vivent pas de déclarations d’intention ; ils vivent les conséquences bien réelles du dérèglement climatique.Après une première réduction décidée par votre prédécesseur, le fonds Vert est passé en deux ans de 2,5 milliards d’euros à seulement 837 millions.

Pire encore : son exécution a fait l’objet de gels successifs. On ne peut pas proclamer l’urgence climatique tout en réduisant les moyens pour y faire face. Peut-être faut-il recentrer ce fonds, mais il faut surtout l’amplifier.

Comment demander aux collectivités d’adapter leurs écoles, leurs réseaux d’eau, leurs bâtiments publics ou leurs espaces urbains lorsque l’État réduit les moyens qui leur sont destinés ? MaPrimeRénov’ continue de subir des changements permanents de règles, des suspensions et des gels, qui découragent les ménages comme les entreprises ; les aides aux véhicules propres diminuent ; l’expérimentation du dispositif « Mieux reconstruire après inondation » (Mirapi) est stoppée ; le troisième plan national d’adaptation au changement climatique demeure largement dépourvu de financements identifiés.

Pendant ce temps, l’ordre du jour parlementaire ne reflète toujours pas l’urgence climatique. Nous débattons sans fin de textes sécuritaires, alors que notre pays aurait besoin d’un grand débat national sur l’adaptation de nos activités, la préservation des ressources, l’évolution du droit du travail face aux fortes chaleurs, l’assurabilité de nos territoires ou la résilience de nos infrastructures.Nous avons besoin d’un véritable choc d’investissement écologique. Il est urgent de lever les freins normatifs absurdes qui ralentissent l’adaptation. Or, depuis 2017, les gouvernements d’Emmanuel Macron font puis défont, avancent puis reculent.

Les Françaises et les Français savent que le climat change. Ils adaptent déjà leurs comportements.

Ils attendent désormais que l’État fasse sa part. Ils attendent de la cohérence, de la constance, une ambition et des moyens. Ils attendent surtout une vision et des actions qui l’accompagnent.La censure ne doit être animée ni par l’émotion, ni par la tactique politicienne, ni par le qu’en-dira-t-on. Les socialistes ont pris le temps de la réflexion et de la délibération collective. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

Censurer, c’est aussi prendre la responsabilité de ce qui vient après. Notre responsabilité n’est pas d’ajouter de l’instabilité à l’inaction.

Le changement climatique n’attend pas les élections et nul ne peut raisonnablement penser que la nouvelle canicule qui débute sera mieux gérée par un gouvernement démissionnaire.

Nous ne censurerons donc pas le gouvernement aujourd’hui (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS) – mais ne nous y trompons pas. Monsieur le premier ministre, force est de constater que votre gouvernement n’a pas été, jusqu’à présent, à la hauteur du défi climatique. Dans ce combat, l’inaction n’est pas la prudence, c’est une faute politique.

Face à l’urgence, notre responsabilité, à nous socialistes, est de construire l’alternative, de proposer et d’être utiles maintenant. Elle est d’obtenir plus de moyens pour agir et protéger concrètement les Françaises et les Français. Monsieur le premier ministre, il vous reste trois mois, jusqu’à la présentation des projets de loi de finances et de financement de la sécurité sociale pour 2027,…

…pour faire la démonstration concrète d’une prise de conscience et d’un changement de braquet.

Les socialistes seront au rendez-vous pour en juger. (Rires sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Pour le pays, nous espérons que vous y serez également. Je remercie ceux d’entre vous qui ont prêté attention à mes propos. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).