Discours du 7 janvier 2026
Nicolas Forissier · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°104
J’entends évidemment votre interpellation, d’autant qu’elle n’est pas nouvelle ; beaucoup formulent des arguments identiques aux vôtres.Je veux rappeler la position de la France sur la négociation du Mercosur, sachant que la France est un grand pays agricole, qu’elle considère que ce secteur est une priorité absolue et qu’elle a toujours été constante ces dernières années, notamment en 2024 lors de l’examen de la dernière version du texte à Montevideo : nous ne pouvons pas accepter l’accord avec le Mercosur tel qu’il est présenté aujourd’hui, en particulier parce qu’il pourrait fragiliser, voire déstabiliser et mettre en danger, certaines filières.Dès lors, la France a des exigences très précises. Tout d’abord, il faut une clause de sauvegarde opérationnelle, un frein d’urgence permettant de stopper les importations dès qu’une filière est déstabilisée – on peut penser, par exemple, à la filière bovine que vous avez évoquée. La clause de sauvegarde a beaucoup évolué, y compris avec l’appui du Parlement européen, qui en a renforcé les éléments. Nous attendons d’ultimes précisions à ce sujet, mais c’est déjà une avancée considérable obtenue par la France et un certain nombre de pays alliés.Deuxièmement, il faut des clauses miroirs, qui ont vocation à s’appliquer au-delà de l’accord Mercosur,…
…c’est une exigence de la France et, à ce stade, nous considérons que les réponses apportées ne sont pas satisfaisantes.Enfin, il faut des contrôles, et ce n’est pas uniquement un problème français puisqu’il en faut aussi à l’échelle européenne. L’important étant de les faire sur place, dans les exploitations et dans les unités de production des pays exportateurs. La Commission a commencé à apporter des réponses à ce sujet, mais nous attendons encore des réponses opérationnelles, effectives.
Cela me conduit à constater qu’en l’état, il n’y a pas pour le moment de réponses suffisamment satisfaisantes pour que la France approuve la signature de l’accord entre le Mercosur et l’Union européenne.
Votre question dresse un vaste panorama des enjeux et des défis posés, sur le plan des relations internationales, à notre pays comme à l’Union européenne et à bien d’autres États. Je vous répondrai sur trois points. Premièrement, à propos de ce qui s’est passé au Venezuela, la France a été extrêmement claire. Elle a rappelé que la priorité absolue était de respecter le droit international et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
La position de la France est extrêmement claire et a été réaffirmée au Conseil de sécurité pas plus tard qu’hier. Nous continuerons à la défendre, même s’il est évident qu’il y a une situation de fait et qu’il faut que nous accompagnions la transition démocratique, de façon que le peuple vénézuélien puisse déterminer son avenir. La position de la France n’est pas d’attendre une décision venue de l’extérieur mais d’aboutir à une situation permettant au peuple vénézuélien de décider. C’est un point vers lequel je pense que nos opinions convergent.Deuxièmement, si j’ai bien compris, vous avez évoqué la surveillance sous contrainte américaine de l’Ukraine. Or la coalition des volontaires, réunie hier à l’Élysée en présence de nombreux chefs d’État et en battant le record de pays représentés, a réaffirmé la volonté des Européens de soutenir l’Ukraine et de contribuer de façon très concrète à sa défense. Cela est lié à l’existence de l’Otan, dont les États-Unis sont membres. Nous avons donc évidemment intérêt à faire appel aux États-Unis pour nous accompagner dans cette surveillance et pour y participer, même s’ils demandent à la France et à l’Union européenne plus d’implication. Vous connaissez bien le sujet et ne pouvez nier ce qui se passe.
Troisièmement, nous serons d’accord pour dire que le droit international et le multilatéralisme doivent l’emporter. Leur défense constitue la position constante de la France, même si certains de nos alliés, comme vous l’avez dit, ne sont pas tout à fait sur la même ligne.
Monsieur le député Sylvain Berrios, je vous reconnais bien dans la diversité des sujets sur lesquels porte votre question. Il ne m’appartient pas de répondre à la demande précise par laquelle vous avez terminé, mais la réponse de ma collègue Amélie de Montchalin sur l’évolution de la question budgétaire me paraît très claire.En un mot, je vous rejoins : nous sommes dans un monde en pleine tension. Comme je l’ai dit lors de ma réponse à Mme la députée Clémentine Autain, il y va du respect ou non de nos valeurs fondamentales, du droit international, de la primauté du droit des peuples à disposer de leur avenir eux-mêmes et non sous la pression, voire sous la direction, d’une puissance extérieure. Ces situations, auxquelles nous pourrions ajouter le débat sur le Groenland, qui pour l’instant ne se traduit pas dans les faits, doivent conduire l’Union européenne à renforcer sa solidarité et sa capacité de défense – de ce point de vue, la France est motrice –, notamment en participant à l’effort de réassurance le jour où un accord de paix, ou du moins un cessez-le-feu, sera intervenu en Ukraine. Cette destination est désormais la nôtre ; nous devons la construire.Comme le prouve la réunion de la coalition des volontaires, qui a rassemblé hier à l’Élysée les représentants de trente-cinq États, dont vingt-sept chefs d’État ou de gouvernement, la France promeut le renforcement de la solidarité européenne et elle continuera de le faire, afin que nous puissions peser tant en matière de sécurité que sur le plan économique et commercial, tout en agissant résolument dans le cadre de l’ONU en faveur du multilatéralisme, du respect de l’État de droit et du droit international.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).