Discours du 29 avril 2026
Véronique Ludmann · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°214
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Le groupe Écologiste et social a souhaité que nous ayons un débat sur la crise du secteur associatif – et je m’en félicite. Hors des bancs de l’hémicycle, c’est en effet tout un pan de notre modèle social qui appelle notre attention. C’est parce que nous sommes aux responsabilités, madame la ministre, que nous devons être les premiers à voir les signaux faibles.Les chiffres s’imposent à nous : la France compte 1,6 million d’associations actives. Il s’agit d’un moteur économique colossal, qui représente plus de 9 % de l’emploi privé. Pourtant, le moteur s’enraye. En mars dernier, 54 % des structures employeuses signalaient des problèmes de trésorerie. Plus inquiétant encore : le nombre de procédures collectives a atteint un niveau record depuis 2018. Comment le gouvernement analyse-t-il cette fragilisation inédite alors que 69 % des associations déclarent des réserves nulles ou fragiles ?J’ai constaté personnellement cette situation en tant qu’élue, adjointe déléguée au sport à Senlis : les demandes de versement d’acompte avant le virement des subventions votées au conseil municipal y sont de plus en plus fréquentes.Dans mon département, l’Oise, une association n’est pas un concept abstrait. Sur le plateau du Vexin ou dans les quartiers de Creil, elle est souvent le dernier service de proximité. C’est elle qui maintient un lien là où, parfois, tout le reste s’est éloigné.Ce maillage absorbe la hausse de la demande sociale, particulièrement marquée s’agissant du Secours catholique ou du Secours populaire. Pourtant, le désengagement financier est une réalité comptable. La part des subventions est passée de 34 % à 20 % en quinze ans. Parallèlement, la commande publique progresse, transformant parfois nos militants en simples prestataires. Dans l’Oise, je vois nombre de bénévoles s’épuiser à remplir des dossiers complexes pour obtenir des financements précaires.Madame la ministre, comment soutenir nos collectivités territoriales au moment où certaines municipalités annoncent des réductions de subventions allant jusqu’à 40 % ?J’en viens au capital humain : 13 millions de Français donnent de leur temps. Ce sont nos forces vives. Or nous sommes confrontés à un paradoxe : nous prônons la valeur travail et allongeons la durée de vie professionnelle alors que, dans le même temps, nous comptons sur un bénévolat traité comme une ressource gratuite et inépuisable. Celui-ci ne doit plus être le parent pauvre de nos parcours de vie.Au-delà de l’attribution de la médaille du bénévolat ou de l’action de la Drajes, la délégation régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et aux sports, le gouvernement a-t-il l’ambition de mieux prendre en considération l’engagement dans les parcours de retraite ? Est-il envisageable d’ouvrir une réflexion sur la validation de trimestres pour les engagements au long cours, afin que le temps donné par un bénévole à nos jeunes, à nos aînés, à nos concitoyens les plus fragiles, à la nation ne soit pas un temps perdu pour sa propre protection ?Nous devons aussi parler de l’usure. Être dirigeant associatif, assurer des maraudes nocturnes ou encadrer des jeunes en difficulté représente une réelle charge mentale et physique. Le compte professionnel de prévention est aujourd’hui strictement réservé au salariat. Pourtant, l’usure ne s’arrête pas à la porte de l’entreprise. Le gouvernement compte-t-il engager une étude sur la reconnaissance de cette pénibilité citoyenne ? Comment pouvons-nous protéger la santé de ceux qui protègent celle des autres ?En conclusion, les prévisions pour 2026 nous inquiètent : baisse de 54 % du budget consacré à l’économie sociale et solidaire et réduction drastique des financements prévus pour les tiers-lieux. Certes, le gouvernement renforce le dispositif Coluche mais cela suffira-t-il à compenser la menace qui pèse sur 90 000 emplois associatifs ?La reconnaissance du temps civique n’est pas une dépense, c’est un investissement préventif. Pour que la valeur travail retrouve son sens plein et entier, tout temps donné à la France ne doit-il pas enfin compter, donc être comptabilisé dans la carrière de nos concitoyens ?
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).